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Un siècle d’histoire familiale au Verger Trottier

Photo courtoisie

Verger Trottier
Cultiver la relève depuis cinq générations

Un siècle d’histoire familiale au Verger Trottier

Publié le 05/11/2026

Un siècle après l’arrivée de ses ancêtres à Saint-Joseph-du-Lac, Marc-André Trottier a pris, en juin dernier, les rênes du Verger Trottier.

À 38 ans, il représente la cinquième génération de Trottier à poursuivre l’aventure. Et pour lui, assurer la pérennité de l’entreprise, c’est privilégier l’agrotourisme.

« La clé pour l’avenir, c’est de rendre la production plus productive, de diversifier nos variétés, nos revenus et nos manières de vendre », résume celui qui « baigne » dans l’agrotourisme depuis qu’il est tout jeune et qui travaille à temps plein dans le domaine depuis 2013.

Tout débute en 1925…

L’histoire du Verger Trottier débute en 1925, lorsque son arrière-grand-père Josepha Trottier et son épouse Alice Binette s’établissent sur la terre que leur avait achetée son arrière-arrière-grand-père Osias Trottier. À cette époque, la production est assez diversifiée et Josepha décide alors de se tourner vers la pomiculture.

Au début des années 1970, son grand-père Denis, nouveau propriétaire, poursuit le développement de l’entreprise devenue une grande exploitation pomicole, avant que son père André diversifie les activités en se lançant en 1989 dans l’agrotourisme sur un verger loué d’environ un hectare et demi. L’année suivante, l’agrotourisme fait son apparition au Verger Trottier. À l’époque, cela se traduit surtout par la vente de pommes sur place.

Son père André prend officiellement la relève en 1997 et doit traverser la crise majeure que le monde pomicole québécois vit au début des années 2000. « Il ne l’a pas eu facile. Il l’a eu de plein fouet en commençant, mais il n’a pas lâché. J’ai beaucoup d’admiration pour lui », confie Marc-André.

En 2014, la boutique est agrandie, une cuisine est aménagée et la production de jus, de tartes, de beignes et de muffins est développée. En 2019, Marc-André se lance dans la production de cidre.

Dans un étal en bois, deux vendeurs présentent des paniers de pommes et des bocaux de produits artisanaux
Photo : courtoisie
Denis Trottier et sa conjointe Jannine Lachance au kiosque du Verger Trottier dans les années 1990.

Un transfert à plusieurs facettes

Puis, le jour est venu pour Marc-André de prendre la relève, un processus qui s’est échelonné sur quatre à cinq ans. Celui-ci tient d’ailleurs à souligner le soutien reçu de la part du réseau Agriconseils et de Desjardins Entreprises Laval-Laurentides.

Au-delà des aspects financiers, ce transfert comportait aussi une dimension humaine à considérer.

« C’était difficile pour lui de vendre, parce que c’est toute sa vie. J’imagine que je vais peut-être vivre [cela] de la même façon un jour », reconnaît le nouveau propriétaire, conscient de l’attachement de son père à l’exploitation familiale. Âgé de 70 ans, ce dernier vit d’ailleurs toujours sur la ferme et y travaille encore plusieurs heures par semaine.

Un nouveau bâtiment

Le Verger Trottier exploite aujourd’hui quelque 25 hectares de pommiers, sur la terre familiale et des parcelles louées dans les environs. Un bâtiment consacré à la production de jus de pommes et de cidre a été construit cette année, au coût d’environ 200 000 $.

Exception faite de quelques présences à des marchés publics ou de Noël, l’entreprise a choisi de privilégier la vente de son cidre à la ferme, une stratégie qui lui permet aussi d’attirer les consommateurs au verger. « C’est un bon choix. Je souhaitais combler la demande à la ferme. Il y a beaucoup plus d’attrait quand tu vends tes produits », fait valoir le producteur.

Les habitudes des visiteurs ont évolué : au-delà des coffres remplis de pommes, les familles recherchent désormais, constate le pomiculteur, une expérience sur place, entre autocueillette, produits transformés et paysages automnaux.

Le poids d’un héritage

La pomiculture demeure néanmoins tributaire des conditions météorologiques et des fluctuations du marché. Les récoltes varient d’une année à l’autre et la mise en marché représente un défi constant. « La meilleure année, c’est toujours celle qui s’en vient », lance-t-il.

Pour réduire ces risques, Marc-André Trottier a décidé de diversifier ses plantations et d’expérimenter de nouvelles variétés, tout en conservant des arbres adaptés à l’autocueillette. Il s’intéresse notamment au concept du « mur fruitier », une méthode de plantation plus intensive, sans vouloir délaisser les arbres semi-nains, jugés plus attrayants pour les visiteurs.

Malgré les incertitudes, le nouveau propriétaire aborde l’avenir avec confiance. « Tu fais ça par passion, l’agriculture. S’il n’y a pas de passion, il va falloir que tu trouves un “job” à salaire », dit-il.

Il pourra compter sur l’apport de sa conjointe, Gaëlle Charpentier, avec qui il a fondé cette année Pomme Expert, une entreprise qui exploite d’autres vergers en location. Ses deux jeunes enfants, Enzo, 10 ans, et Léonie, 6 ans, pourront aussi apporter leur contribution, à la hauteur de leur âge.

Derrière cette détermination se trouve aussi le poids d’un héritage. « J’ai quand même 100 ans qui poussent en arrière de moi. Faut que tu sois à la hauteur. Eux autres, ils ont été capables de passer au travers de ces années-là. C’est pareil. Et ce n’est pas moi qui vais lâcher », conclut Marc-André Trottier.