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Fermeture de Chaussures Roger dans le Vieux-Saint-Eustache

Photo Benoît Bilodeau – Patrice et sa sœur Lyne Clerbois sont copropriétaires de Chaussures Roger depuis 1989, après avoir acquis le commerce de leur père, André Clerbois.

Fermeture de Chaussures Roger dans le Vieux-Saint-Eustache

Publié le 20/02/2026

C’est une véritable institution, comme il risque d’en avoir bien peu à l’avenir, qui disparaîtra du paysage du Vieux-Saint-Eustache, avec la fermeture de Chaussures Roger.

Les deux copropriétaires, Lyne et Patrice Clerbois, sœur et frère, ont en effet convenu que l’heure de la retraite a sonné après avoir consacré chacun 45 ans et un peu plus de leur vie à chausser les pieds de leurs fidèles clients.

Ouverte en 1963 par Roger Chevalier, puis rachetée en 1971 par André Clerbois, la boutique est reprise par sa fille Lyne et son fils Patrice en 1989 qui travaillaient depuis quelques années aux côtés de leur père, décédé en 2024.

Tous deux poursuivent dès lors ce qui fait déjà la réputation du commerce situé au 69, rue Saint-Eustache : un service personnalisé et un service après-vente hors pair, mais surtout, pour les habitués, l’assurance de retrouver, chaque jour, chaque saison, chaque année, des propriétaires attentionnés et passionnés par leur travail.

Pas de relève, on vend

Mais voilà, 37 années ont passé depuis ce rachat et leurs enfants respectifs ayant choisi, bien qu’ils aient aussi tous travaillé avec leurs parents plus jeunes, de suivre d’autres voies, Lyne et Patrice ont décidé, alors qu’ils viennent de franchir tous les deux la barre des 60 ans, que le temps était venu de fermer boutique.

C’est au lendemain de la pandémie, qu’ils ont réussi à traverser sans trop de dommages, que l’idée de passer à autre chose est venue; idée qui a cheminé graduellement au cours des cinq dernières années et qui s’est raffermie quand des membres de leur famille, mais aussi des proches de leur âge, ont eu le cancer ou ont été diagnostiqués avec des maladies comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA).

Puis, il y a deux ans, Lyne et Patrice ont fait appel au courtier immobilier Ronald Bélisle pour vendre le commerce, le bâtiment ou les deux. « On s’est dit qu’on allait arrêter d’en parler et qu’on allait le faire », d’indiquer Lyne. L’offre reçue l’automne dernier, même si elle ne concernait que le bâtiment, a été acceptée. « On s’est dit, si ce n’est pas maintenant, ce sera quand ? », raconte Lyne qui dit avoir réalisé, une fois rendue chez le notaire pour signer les documents, qu’il n’y avait plus de recul possible.

Photo Benoît Bilodeau – Lyne et Patrice Clerbois ont reçu de nombreux témoignages de reconnaissance depuis qu’ils ont annoncé la fermeture de leur commerce, Chaussures Roger.

Une proximité avec les gens

Une fois la décision prise, est-ce difficile ? « Ce l’était au début. On avait des remords, mais, en même temps, on veut profiter de la vie. C’est une grosse étape, mais on est rendus ‘’zen’’ là-dedans. On part heureux ! », confie Patrice, tout en saluant une cliente de deuxième génération venue leur souhaiter une bonne retraite. « Moi, je ne suis plus dans l’émotion [de quitter]. Je suis prête », de renchérir sa sœur.

Ce qui manquera le plus à Lyne et à Patrice, ce dont ils s’ennuieront le plus, c’est cette proximité qu’ils avaient avec les gens. « Ce ne sont pas seulement des clients. On connaît pour la plupart leurs noms et prénoms, leurs enfants, ce qu’ils font dans la vie. Certains viennent tout simplement parler avec nous quelques minutes, puis repartent. Ce sont des conversations personnelles. On fait parfois même de la thérapie. C’est correct, comme notre père faisait… », confient Patrice et Lyne

« C’est juste du beau »

Ceux-ci se disent surtout extrêmement touchés, surpris même, par tous les témoignages reçus depuis qu’ils ont annoncé, début janvier, leur décision de fermer leur commerce. « Il y a beaucoup de reconnaissance. Les gens entrent pour tout simplement nous remercier, Lyne et moi. Nos clients sont déçus, mais ils sont aussi heureux pour nous », constate Patrice.

« C’est juste du beau. Je trouve que c’est une belle sortie, ce que l’on vit. Tant de remerciements, tant de témoignages, je n’imaginais pas cela. Je pensais qu’on allait faire notre annonce [et que ça se poursuivrait tout simplement jusqu’à la fermeture]. C’est un tsunami de témoignages, de câlins. Même le maire [Marc Lamarre] nous a envoyé une belle lettre. Les gens ont de la peine, pas pour nous, mais que ça ferme. Ils se demandent où ils vont aller après toutes ces années », mentionne Lyne.

Il reste encore quelques semaines à peine pour que Lyne et Patrice puissent profiter de cette vague d’amour; et pour écouler ce qu’il leur reste de souliers, de bottes et autres articles. Fin février, début mars, ce sera le temps pour eux de passer, oui, à autre chose.

« Moi, cette année, je vais pouvoir aller au marché public du Vieux-Saint-Eustache pour la première fois. J’allais chercher quelques fraises rapidement le samedi, puis je revenais [travailler] là, je vais pouvoir en profiter… » de conclure Lyne, avec le sourire.