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Les policiers des Basses-Laurentides demandent à Ottawa d’adapter ses outils aux nouvelles réalités

Photo Henriette Sena

Les policiers des Basses-Laurentides demandent à Ottawa d’adapter ses outils aux nouvelles réalités

Publié le 22/07/2026

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a rencontré les directeurs des services de police des Basses-Laurentides, le 14 juillet, à Saint-Eustache.

Favoriser un échange direct entre le ministre fédéral de la Sécurité publique et les directeurs des corps policiers des Basses-Laurentides : tel était l’objectif de la rencontre tenue le 14 juillet, à l’invitation des députées fédérales Linda Lapointe (Rivière-des-Mille-Îles) et Madeleine Chenette (Thérèse-De Blainville).

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a rencontré les directeurs des cinq organisations policières des Basses-Laurentides : Thierry Vallières (Service de police de la Ville de Saint-Eustache), Patrick Denis (Régie de police du Lac des Deux-Montagnes), Luc Larocque (Régie intermunicipale de police Thérèse-De Blainville), Yves Tessier (Service de police de la Ville de Blainville) et Benoit Bilodeau (Service de police de Terrebonne), afin d’échanger sur les principaux enjeux en matière de sécurité publique.

Pour Linda Lapointe, l’exercice se voulait « un échange direct, utile » : c’est le Parlement fédéral qui adopte les lois en matière criminelle, a-t-elle rappelé, d’où l’importance pour les élus de connaître les réalités des services de police en dehors des grands centres urbains.

Mme Chenette a pour sa part soulignée que les enjeux de Montréal, de la santé mentale à la violence en émergence, gagnent désormais les municipalités en forte croissance de la couronne nord.

Les cinq organisations policières des Basses-Laurentides ont profité de la visite du ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, pour lui livrer un message commun : les réalités auxquelles les policiers sont confrontés évoluent plus rapidement que les lois, les technologies et les ressources mises à leur disposition.

Il faut souligner que les cinq organisations avaient remis au ministre une lettre commune résumant leurs priorités. Si chacune fait face à des défis particuliers, toutes constatent une même transformation du travail policier : l’augmentation des interventions en santé mentale, l’évolution de la cybercriminalité, le recrutement de jeunes par le crime organisé, le vieillissement de la population et l’arrivée de nouvelles technologies obligent les corps policiers à revoir leurs pratiques.

Photo Henriette Sena 

Des lois qui devront maintenant faire leurs preuves

Les représentants policiers ont salué plusieurs projets de loi adoptés ou en voie de l’être à Ottawa, notamment ceux portant sur le contrôle coercitif, la protection des victimes et la lutte contre le recrutement de mineurs par le crime organisé.

Pour Brigitte Barabé, directrice adjointe de la Régie de police du Lac des Deux-Montagnes, ces nouvelles dispositions constituent une avancée importante, mais leur efficacité dépendra de leur mise en œuvre. « Le projet de loi sur papier est parfait. Quand on arrive pour l’appliquer, c’est à ce moment-là que ça devient un peu plus compliqué », a-t-elle affirmé, plaidant pour une formation harmonisée destinée aux policiers et aux procureurs de la Couronne afin d’assurer une application uniforme partout au pays.

Gary Anandasangaree a reconnu cet enjeu, indiquant qu’il souhaitait poursuivre les discussions avec le gouvernement du Québec afin que les nouvelles dispositions soient accompagnées des outils de formation nécessaires.

Des responsabilités qui dépassent désormais la criminalité

Rapidement, la discussion s’est éloignée des projets de loi pour se concentrer sur l’évolution du rôle des policiers. Les directeurs ont décrit des organisations appelées à intervenir quotidiennement auprès de personnes en crise, de citoyens aux prises avec des problèmes de santé mentale, de personnes âgées vulnérables ou encore de familles vivant des situations complexes. Ces interventions mobilisent une part croissante des effectifs, sans pour autant réduire les attentes liées à la lutte contre le crime organisé, la fraude ou la violence.

Luc Larocque, directeur général de la Régie intermunicipale de police Thérèse-De Blainville, estime que cette transformation exige une nouvelle façon de concevoir les services policiers. Selon lui, les organisations devront pouvoir compter sur des partenaires du réseau de la santé et des services sociaux afin que les policiers puissent se concentrer sur les interventions qui relèvent véritablement de leur mission. Le ministre partage cette réflexion. Il a reconnu que les policiers accomplissent aujourd’hui des tâches qui dépassent largement le cadre traditionnel de la sécurité publique et que cette réalité devra être prise en compte dans la modernisation des services policiers. « La police ne fait pas seulement de la police », a-t-il résumé en évoquant les nombreuses interventions liées à la santé mentale, au travail social et aux crises familiales.

Moderniser les outils avant d’être dépassés

Au-delà des ressources humaines, les directeurs ont insisté sur les défis liés à la modernisation des organisations policières. Le directeur du Service de police de Saint-Eustache, Thierry Vallières, a rappelé que les services de proximité sont confrontés aux mêmes phénomènes criminels que les grands centres, mais sans disposer des mêmes capacités financières. « On a 67 policiers chez nous », a-t-il illustré, soulignant que plusieurs programmes de financement tiennent davantage compte de la taille des organisations que de la complexité des réalités auxquelles elles font face. Il a également évoqué le vieillissement des postes de police, les difficultés liées au partage du renseignement criminel et les investissements nécessaires pour moderniser les systèmes utilisés par les organisations policières. 

Luc Larocque a poursuivi dans la même direction en évoquant le déploiement du 9-1-1 de prochaine génération, les logiciels spécialisés, les bases de données policières et les plateformes technologiques. Selon lui, les plus petits services doivent souvent négocier seuls l’achat de ces outils, alors qu’une approche coordonnée permettrait de réduire les coûts et d’assurer une meilleure interopérabilité entre les organisations. En réponse, Gary Anandasangaree a rappelé que le gouvernement fédéral travaille déjà à la modernisation d’outils nationaux comme le Centre d’information de la police canadienne (CIPC), les registres nationaux et d’autres plateformes utilisées par les services policiers. Il estime que ces infrastructures devront intégrer davantage les nouvelles technologies afin de répondre aux besoins des organisations, peu importe leur taille.

L’intelligence artificielle change déjà les règles du jeu

Les discussions ont finalement convergé vers un sujet qui a traversé plusieurs interventions : l’intelligence artificielle. Les directeurs reconnaissent qu’elle facilite déjà certaines formes de fraude, d’usurpation d’identité et d’exploitation criminelle. Mais ils y voient aussi un outil capable d’améliorer les enquêtes, l’analyse de la preuve et le traitement de l’information.

Thierry Vallières estime toutefois que les corps policiers devront évoluer au même rythme que les organisations criminelles. « Le crime est loin en avant de nous », a-t-il lancé, rappelant que les policiers auront besoin d’un cadre législatif souple et de ressources technologiques suffisantes pour éviter que l’écart continue de se creuser. Au terme de la rencontre, un constat s’est imposé. Si les nouvelles lois sont perçues comme une avancée, les directeurs des cinq organisations policières estiment qu’elles ne produiront pleinement leurs effets que si elles s’accompagnent d’investissements dans la formation, les infrastructures, les technologies et les partenariats avec les autres réseaux publics. Pour eux, l’enjeu ne consiste plus seulement à adapter les lois : il s’agit désormais d’adapter l’ensemble des services policiers aux réalités d’aujourd’hui.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a rencontré les directeurs des services de police des Basses-Laurentides, le 14 juillet, à Saint-Eustache.
Photo Henriette Sena