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Jonathan Lemire invite le PQ à plus de transparence

Photo Benoît Bilodeau – Jonathan Lemire souhaitait bien être candidat à l’investiture du PQ dans Deux-Montagnes en vue des prochaines élections provinciales, mais sa démarche n’a pas donné les résultats souhaités.

Jonathan Lemire invite le PQ à plus de transparence

Publié le 04/06/2026

Paramédic dans les Basses-Laurentides depuis plus de 20 ans, Jonathan Lemire, historien bien connu à Saint-Eustache et dans la région, souhaitait « aider son monde autrement » en se portant candidat à l’investiture du Parti québécois (PQ) dans la circonscription de Deux-Montagnes pour le prochain scrutin provincial. Non seulement sa démarche s’est-elle avérée vaine, mais celui-ci en ressort déçu et amer.

Rencontré par votre hebdo L’ÉVEIL, celui-ci a bien voulu partager son expérience des derniers mois afin, dit-il, d’inviter la formation politique à revenir aux racines démocratiques du PQ, à respecter le choix des membres locaux et à offrir plus de transparence dans la sélection des candidats.

« Je ne retrouve plus l’essence même de ce qu’était le Parti québécois fondé par René Lévesque […]  Quand tu achètes ta carte [de membre] de 10 $ par année, ton seul pouvoir, au bout du compte, c’est de décider de ton candidat. C’est important », laisse-t-il tomber.

Le bon « timing »

À 46 ans, père de deux filles âgées de 16 et 19 ans, Jonathan Lemire estime que l’année 2026 constituait un bon « timing » pour tenter l’aventure politique. « Je suis paramédic depuis 22 ans et j’avais envie d’aider mon monde d’une autre façon, de les écouter d’une autre façon, de me sentir utile d’une autre façon », relate-t-il.

Bien qu’il habite depuis peu à Saint-Joseph-du-Lac, Jonathan Lemire demeure fortement attaché à Saint-Eustache, où il a vécu plus de 40 ans.

C’est à l’été 2025 qu’il amorce concrètement sa démarche. En moins de cinq semaines, il vend 140 cartes de membre du PQ, une mobilisation qui lui donne confiance dans la pertinence de sa candidature. À l’automne, il rencontre l’exécutif de l’association locale afin de faire connaître son intention de participer à la future investiture.

Parmi les personnes également intéressées figure Geneviève Couture, co-porte-parole nationale du PQ et membre depuis un peu plus d’un an du PQ de Deux-Montagnes. Candidate dans Terrebonne lors des élections générales de 2022, où elle avait obtenu près de 19 % des voix, elle a été écartée de l’élection partielle tenue en mars 2025 à la suite de la démission de l’ex-ministre caquiste Pierre Fitzgibbon au profit de Catherine Gentilcore, éventuelle gagnante du siège laissé vacant. Également, Mme Couture vient d’élire domicile à Saint-Joseph-du-Lac.

Au fil des mois, Jonathan Lemire multiplie les activités militantes. En janvier 2026, il représente notamment la circonscription de Deux-Montagnes au congrès national du PQ à Saint-Hyacinthe.

Confiance et déception

Entre-temps, il dépose officiellement sa candidature auprès du parti. Son dossier comprend, outre une lettre de présentation, une lettre d’appui de l’historien Gilles Laporte ainsi que les formulaires des nouveaux membres recrutés et l’argent amassé. Souhaitant souligner l’importance de sa démarche, il remet lui-même le tout aux bureaux du PQ, à Montréal.

À la mi-janvier, il est convoqué à une entrevue d’environ 45 minutes en visioconférence avec deux représentants du PQ. Il en ressort convaincu d’avoir franchi avec succès cette étape. « Je m’étais bien préparé et, à la fin, je me suis dit à moi-même que c’était dans la poche. Ce seront les membres qui décideront entre Geneviève Couture, qui avait déjà déposé son dossier de candidature, et moi », poursuit Jonathan Lemire.

Quelques semaines plus tard, il reçoit toutefois une lettre par courriel l’informant que sa candidature est rejetée. Conformément aux règlements internes du parti, aucun motif n’est fourni.

Le choc est important. « Je dois dire très humblement que j’ai eu la gueule qui m’a décroché. Je ne comprenais pas. J’étais dans le néant. Je n’étais pas d’accord. Je considérais que je méritais ma chance », avoue-t-il.

Soutenu par une centaine de personnes, Jonathan Lemire écrit à la commission des candidatures du PQ afin d’obtenir des explications, sans obtenir de réponse.

« Je regarde [très régulièrement] mes courriels et je n’ai toujours pas eu à ce jour de réponse, même l’exécutif qui a aussi demandé », confirme l’historien qui, à la limite, aurait accepté, sans être d’accord, qu’on lui fasse savoir qu’une autre personne était en vue. « Cela aurait eu le mérite d’être clair », tranche-t-il.

De l’avis de Jonathan Lemire, cette façon de faire, dont il n’a pas été le seul à faire les frais selon les échos qu’il dit avoir entendus ici et là, dans d’autres circonscriptions, lance un bien mauvais message aux personnes intéressées, comme lui, à se lancer en politique dans le milieu où elles ont grandi.

Jonathan Lemire tient aussi à préciser que ses critiques ne visent pas Geneviève Couture. « Je ne lui enlève rien. Elle a un militantisme différent du mien. Elle a des cartes en main que moi je n’ai pas », concède-t-il.

Un processus à revoir

Cela dit, Jonathan Lemire ne cache pas qu’il en a cependant contre le processus mis en place par la nouvelle commission des candidatures. « Cela aurait été pas mal gentil de sa part de donner un minimum d’explications parce que, pour vrai, je pense que j’aurais mérité d’aller en investiture [quitte] à me faire dire non par les membres. Là, j’aurai dit, c’est OK. J’ai essayé, ils ont décidé, ils ne m’ont pas choisi. Cela aurait été dur. Là, je trouve que c’est moins démocratique de se faire dire non de cette façon, sans explication », confie-t-il.

Très certainement déçu et amer, Jonathan Lemire ne déchirera pas sa carte de membre du PQ pour autant, même si certaines personnes qui l’ont appuyé, échaudées par la situation, songent à le faire ou l’ont fait.

« Je veux toujours mon pays. C’est le parti auquel je suis attaché depuis ma tendre adolescence. Je vais continuer de militer à ma façon et de faire connaître notre histoire parce que c’est comme ça que je me sens utile », de conclure le militant qui, sans exclure une deuxième tentative dans quatre ans, souhaite que son message en faveur d’un processus de sélection plus transparent soit entendu par les hautes instances du Parti québécois.