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Quand la politique rencontre la rue

Photo Sylvain Leblanc – Le travailleur de rue Mathieu Lavoie, de L’Écluse des Laurentides, a rencontré Linda Vaillant, candidate du Parti Québécois dans Deux-Montagnes, au Moulin Légaré pour lui présenter son portrait de l’itinérance à Saint-Eustache. On les voit ici avec Jocelyne Goyette, bénévole pour la campagne.

Quand la politique rencontre la rue

Publié le 01/10/2026

Ils sont là, mais on ne les voit plus.

Travailleur de rue depuis plus de 15 ans dans le secteur de Saint-Eustache, Mathieu Lavoie a de plus en plus de mal à trouver les gens qu’il accompagne.

Les personnes à la rue se cachent, et leur visage a changé. Il croise maintenant des aînés de plus de 70 ans, dont récemment un homme de 82 ans.

C’est ce portrait que l’intervenant de L’Écluse des Laurentides a présenté à Linda Vaillant, candidate du Parti Québécois dans Deux-Montagnes, qui voulait mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain en pleine campagne électorale. L’Éveil a assisté à une partie de la rencontre.

Difficile de compter ceux qu’on ne voit pas

Les chiffres officiels vont dans le même sens. Selon le dernier dénombrement de l’itinérance visible du ministère de la Santé et des Services sociaux, les Laurentides sont passées de 448 personnes en 2022 à 779 en 2025, une hausse d’environ 74 %. C’est la plus forte hausse en nombre au Québec, devant Montréal.

Mathieu Lavoie invite toutefois à prendre ces chiffres avec un grain de sel. Il a lui-même participé à la collecte, posté à un seul endroit pendant une seule journée pour faire le décompte. À ses yeux, c’est impossible de savoir combien de personnes sont à la rue quand elles se cachent.

Québec présente d’ailleurs le dénombrement comme un portrait de l’itinérance visible le temps d’une nuit, un outil parmi d’autres.

Une chambre à 800 $

Pour Mathieu Lavoie, tout part du logement.

« Quand j’ai commencé il y a 15 ans, on pouvait trouver une chambre pour environ 400 $. Pendant la COVID, c’était autour de 600 $. Maintenant, on parle de 800 $ », explique-t-il.

Et le prix n’est pas le seul obstacle. Le taux d’inoccupation est très bas et, selon lui, la plupart des propriétaires demandent maintenant une enquête de crédit. Pour quelqu’un qui a déjà un pied dans la rue, ça complique beaucoup les choses.

Il remarque aussi un changement dans ses liens avec le réseau de la santé. Avant, il pouvait appeler directement les ressources pour trouver de l’aide à une personne dans le besoin. Aujourd’hui, il doit passer par le 811, option 2. Il sent qu’il a moins de leviers. Il déplore aussi un système qui mise davantage sur le curatif que sur la prévention.

Voir la rue de plus près

C’est Linda Vaillant qui a pris l’initiative de contacter Mathieu Lavoie. Pendant la campagne, elle a rencontré plusieurs organismes de la région, notamment en aide alimentaire. Il lui restait à voir la réalité de la rue. Lavoie lui a donné rendez-vous au Moulin Légaré, un endroit qu’il a choisi parce que des campements se trouvent non loin.

« Dans un endroit comme ici à Saint-Eustache, tu peux avoir des gens qui vivent dans la rue. Je trouve ça absolument incroyable », confie-t-elle.

« Tous ces organismes-là, incluant Mathieu comme travailleur de rue, c’est des gens qui viennent compléter une offre de service qui n’existe pas. En santé et services sociaux, il y a des gros trous là-dedans », ajoute la candidate, qui décrit un milieu qui fonctionne « à bout de bras, avec des petits salaires ».

Son parti promet d’investir 1 milliard de dollars sur quatre ans pour réduire l’itinérance de 50 % d’ici 2030. Le plan prévoit entre autres 2 000 logements adaptés avec services pour les personnes en situation d’itinérance, ainsi que des sommes en prévention et en santé mentale.

« On ne va pas juste compter sur l’engagement et le bénévolat du monde. Les besoins augmentent tellement qu’il faut être capable de faire davantage », soutient Linda Vaillant.

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