Mon petit bonhomme voit de moins en moins son grand-père. Sa première rencontre était à l’hôpital, à une semaine. Deux ans plus tard, mon père habite en CHSLD. Il perd l’usage de la parole et je sais qu’il me manquera toujours des réponses à certaines questions, surtout maintenant, avec mon petit deux ans et demi sur les épaules.
Mon père a écrit le récit de sa troisième aventure paternelle. Après deux beaux garçons, « une erreur de la nature » comme m’a dit ma mère. Une tempête dans une vie paisible. Quelques mois de deuil, puis rapidement deux autres enfants. Les deux d’avant, les deux d’après. Je suis le premier après.
Mon père a écrit cet épisode dans un recueil organisé dans un cours d’écriture. Pour exprimer ses émotions, pour sortir le méchant. « Ces pertes qui enrichissent ». Aujourd’hui, ce livre trône dans la bibliothèque familiale. Son évocation est timide. Ses petits-fils et petites-filles apprennent, souvent vers l’adolescence, quelques rares détails partagés sur le sujet, trop peu souvent abordé, une quarantaine d’années après.
Chaque texte qu’il a écrit, que ce soit ce récit ou quelques rares entrées dans un calepin, me donne une fenêtre sur mon père pour m’inspirer. Comme une photo du passé.
Aujourd’hui, j’écris dans le journal, mais je remplis aussi quelques calepins. Et j’espère que mon petit bonhomme, son dixième petit-fils, sera assez curieux pour lire une partie de tout ça, pour mieux comprendre qu’être papa, ça s’apprend sur le tas. Et j’espère qu’il aura la chance d’avoir le temps de me questionner sur ce que j’ai et que j’aurai écrit.
Cette année, pour la fête des Pères, je vous invite à demander, à votre tour, si c’est encore possible : papa, écris !

MOTS-CLÉS
Christophe Godon
Fête des Pères