Quelle bonne manière de sensibiliser la population, de vivre quelques heures dans la peau de quelqu’un qui n’a pas de toit. Mais à soir, on va aller se coucher toute la gang. On a un lit chaud, on a un bain. Pas eux autres. »
Mathieu Lavoie, travailleur de rue à L’Écluse des Laurentides, faisait partie des intervenants réunis au parc Chénier, le 16 octobre dernier, pour la Nuit des sans-abri de Saint-Eustache. De 18 h à 21 h, le public pouvait aller à la rencontre des organismes qui viennent en aide aux personnes en situation d’itinérance.
Des policiers, des pompiers et des ambulanciers étaient aussi sur place, tout comme le maire Marc Lamarre et quelques conseillers municipaux. À partir de 20 h, les musiciens du Studio de la rue, un projet communautaire à but non lucratif créé par Stéphane Pilon à Saint-Eustache, ont réchauffé l’ambiance autour du feu.
« C’est vraiment un moment pour se rassembler, puis aussi se souvenir que cette réalité-là existe. Et de plus en plus », souligne Marie-Ève Gaudreau Fortin, directrice du Centre d’entraide Racine-Lavoie, qui a siégé au comité d’organisation de l’événement pendant 11 ans.

Des citoyens et des intervenants se sont réunis au parc Chénier, à Saint-Eustache, le 16 octobre, pour la Nuit des sans-abri, en présence de premiers répondants.
Quelques heures dans la peau de l’autre
« C’est l’occasion de l’année de démontrer la réalité que les gens en situation d’itinérance vivent tous les jours. J’entends des gens qui se plaignent depuis tantôt d’avoir froid. Eux, ils vivent ça tout le temps », lance Marie-Ève C., coordonnatrice au Café Parenthèse.
« C’est comme une technique d’impact, pour que la société au grand complet soit sensibilisée à la vraie réalité », ajoute-t-elle.
Seul bémol soulevé par une intervenante, la nuit n’en est plus vraiment une. « Je suis vraiment déçue. Je sais que ça se faisait avant, puis ça s’est un peu perdu dans le temps. Ça démontrait quelque chose de plus », dit Marie-Ève C.
Pour Mathieu Lavoie, ce genre de soirée sert surtout à discuter avec les citoyens et à défaire certains préjugés. « L’itinérance, ce n’est pas un trouble de santé mentale. C’est le symptôme de quelque chose qui ne fonctionne pas : une inaccessibilité au logement, un trouble de santé mentale, une toxicomanie, une séparation, un divorce, une désaffiliation », explique-t-il.
De mère en fille
L’itinérance est aussi au petit écran cet automne avec Sur le fil, une série de Radio-Canada qui suit la directrice d’un refuge et son équipe. Son autrice, Pascale Renaud-Hébert, était d’ailleurs présente au parc Chénier. Sa mère, Marie-Claude Renaud, dirige Ressources communautaires ACJ+ à Saint-Eustache, un organisme qui soutient les jeunes, les familles en difficulté et les personnes en situation d’itinérance. L’ACJ+ fait partie des organismes que l’autrice a consultés pour écrire la série.
Les intervenants rencontrés sur place s’y reconnaissent. « Je reconnais des réalités. Les personnages, ça me fait rire parce qu’ils ont tellement des comportements que je suis comme : mon Dieu, c’est tellement ça », raconte Marie-Ève Gaudreau Fortin.
Mathieu Lavoie, qui a suivi chacun des épisodes, y retrouve son quotidien. « Le papa avec ses deux enfants qui est dans son auto, c’est des choses que j’ai vues tellement de fois en 18 ans de travail de rue. »
Une cause plus visible, des besoins toujours présents
« En 2026, c’est comme la cause qui est, entre guillemets, sexy. Pourtant, il y a à peine deux ans, on disait que vu que ce n’était pas une cause sexy, personne ne s’en souciait vraiment. C’était tout le temps difficile d’aller chercher des subventions, d’aller chercher du soutien », souligne Marie-Ève Gaudreau Fortin.
Le Centre d’entraide Racine-Lavoie s’implique d’ailleurs dans le mouvement Le communautaire à boutte, qui réclame de meilleures conditions pour les organismes. « Je ne sais jamais si je vais pouvoir garder mes intervenantes. Je suis tout le temps déchirée. Je veux leur offrir des bonnes conditions, mais pour ça, il faut que je leur offre des assurances. Et les assurances, ça va couper dans leur salaire, qui est déjà pas si élevé », explique sa directrice.
Marie-Claude Renaud insiste quant à elle sur l’importance du logement. Elle déplore que le financement passe surtout par des projets ponctuels plutôt que par des subventions annuelles stables, ce qui oblige les organismes à toujours inventer de nouveaux projets pour y avoir accès.
Le vent pourrait toutefois tourner. Le jour même de l’événement, Paul St-Pierre Plamondon, dont le Parti québécois a remporté les élections du 5 octobre, a réitéré son engagement dans un communiqué à réduire l’itinérance de moitié en quatre ans. Le futur gouvernement prévoit 1 milliard de dollars pendant son mandat, soit 400 M$ pour du logement adapté et 600 M$ pour des programmes sociaux et de prévention.
Des engagements qui pourraient donner davantage de moyens aux organismes. « On se fait souvent appeler pour mettre des plasters sur des bobos. Sauf que si tu nous donnes les moyens d’éviter que le bobo arrive, on est capable de le faire. Si tu me donnes ce dont j’ai besoin, je vais être capable de faire le double, le triple », assure Marie-Ève Gaudreau Fortin.
Marie-Claude Renaud voit aussi du positif dans la situation actuelle, puisque le financement par projets a permis la naissance de plusieurs organismes. Et des victoires, il y en a tous les jours, rappelle Marie-Ève Gaudreau Fortin. Autant de raisons, selon elle, pour que des soirées comme celle du parc Chénier continuent d’avoir lieu.
Vincent Yergeau – Élus, intervenants et organisateurs, dont le maire Marc Lamarre et le travailleur de rue Mathieu Lavoie, ont pris part à la Nuit des sans-abri de Saint-Eustache, où les organismes venant en aide aux personnes en situation d’itinérance accueillaient le public.
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