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Lettre ouverte de Laurence Lanthier Landry

Lettre ouverte de Laurence Lanthier Landry

Publié le 04/09/2026

Je vous adresse cette lettre afin d'exprimer ma profonde déception et mon opposition catégorique face aux récentes modifications apportées au mode de financement pour l'intégration des enfants à besoins particuliers dans les services de garde.

Professionnelle du terrain, j’exerce à titre d’agente de stimulation du langage et d’éducatrice spécialisée au privé. Mon quotidien et mon gagne-pain dépendent directement de ces subventions qui permettaient jusqu’à présent aux milieux de garde d’engager des spécialistes externes. Au-delà de l’impact direct sur ma situation professionnelle, c’est l’avenir et le développement des enfants qui me préoccupent au plus haut point. Les changements actuels sont très loin de répondre aux besoins réels exprimés par les citoyens et les familles.

La demande initiale du réseau et des citoyens était pourtant claire : nous réclamions l’adoption d’un outil d’évaluation moderne, validé et adapté aux réalités d’aujourd’hui. Il n’a jamais été question de tout chambouler. Votre gouvernement avait promis d’alléger la paperasse administrative. Or, l’introduction de l’obligation de passer par une demande d’allocation ou mesure exceptionnelle pour obtenir des services crée l’effet inverse : cela exige maintenant deux fois plus de paperasse qu’auparavant ! C’est un non-sens bureaucratique évident.
En modifiant cette structure de financement, vous privez les enfants d’une stimulation précoce essentielle. Les éducatrices en garderie ne peuvent pas tout faire seules; elles ont impérativement besoin de pouvoir recourir à des professionnels (TES, agents en stimulation du langage, orthophonistes). Intervenir tôt, directement dans le milieu de vie de l’enfant, permet de corriger des retards de développement avant l’entrée à l’école. La nouvelle façon de faire brise ce filet de sécurité.

De plus, notre présence hebdomadaire offre un soutien moral et technique indispensable aux éducatrices. Bon nombre d’entre elles travaillent dans un isolement social et professionnel complet. Certaines passent des journées entières seules, sans autre contact adulte que le bref « bonjour et bye » des parents matin et soir. Notre venue ne sert pas uniquement à l’enfant : elle offre un œil externe sur le milieu, permet de valider le travail des éducatrices, de les guider, et d’alléger leur charge mentale. Les priver de ce soutien ne fera qu’accentuer l’épuisement professionnel et la pénurie de personnel, tout en mettant les enfants dans une situation de grande vulnérabilité.

Je vous demande de réévaluer d’urgence ces modifications et de maintenir un accès direct, fluide et financé aux professionnels du privé dans les milieux de garde.

Dans l’attente d’une considération sérieuse de ma situation et de celle de milliers de professionnels et de familles au Québec, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, mes salutations distinguées.