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Lettre ouverte : Ce que vous n’entendrez pas au débat des chefs

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Lettre ouverte : Ce que vous n’entendrez pas au débat des chefs

Publié le 16/09/2026

Par Pierre Blain, directeur général, Les Usagers de la santé du Québec (LUSQ)

Nous sommes dans la période des débats des chefs et, inévitablement, la santé y occupera une grande place. Nous entendrons des promesses, des chiffres, des attaques et des réponses soigneusement préparées. Mais voici ce que nous n’entendrons pas : de véritables engagements pris devant les citoyens, une reprise d’autorité politique claire sur Santé Québec et, surtout, la reconnaissance que ses décisions budgétaires et administratives entraînent maintenant des conséquences graves pour les usagers. Ce sont pourtant ces trois choses qui permettraient de savoir ce que les chefs feront réellement du réseau après l’élection.

Les citoyens méritent mieux qu’un débat qui répète une cassette destinée à séduire quelques électeurs indécis. Un débat doit être un moment politique fort où il se passe quelque chose pour vrai. Françoise David l’avait démontré en 2014 en forçant Philippe Couillard, en plein débat, à prendre un engagement sur la protection des locataires aînés. Cet engagement a ensuite produit des résultats. C’est ce genre de moment que nous voulons revoir : une question claire, une réponse claire, un engagement devant la population.

Il est temps d’en finir avec l’extrême prudence, trop politiquement correcte, à l’endroit des administrations publiques. Les politiciens sont élus précisément pour leur imposer des orientations. Santé Québec ne doit pas être un État dans l’État. Or, elle se comporte de plus en plus comme si elle n’avait de comptes à rendre à personne : gouvernance centralisée, gestion dominée par les impératifs budgétaires, comités des usagers et de résidents bâillonnés, fiascos informatiques. Le comble : des interventions multiples de Santé Québec, au tournant du début de la campagne électorale, pour contester les positions de partis qui pourraient diriger le gouvernement après le vote, au mépris de la réserve administrative la plus élémentaire.

Bref, Santé Québec commence à ressembler à une intelligence artificielle dont on aurait perdu le contrôle : créée comme un outil, elle finit par se comporter comme si elle pouvait décider elle-même des limites de son mandat. C’est parfois à se demander si on devrait en avoir peur. Les chefs doivent absolument prendre le risque d’assumer pleinement leur autorité face à elle.

Les conséquences de la gestion de Santé Québec ne sont pas théoriques. En cancérologie, des délais pour les traitements et les opérations s’ajoutent à des retards en pathologie, dans un contexte où des décisions budgétaires pèsent directement sur la capacité du réseau. Dans Lanaudière, une décision administrative liée aux processus d’achat en soins à domicile a mené à des situations que nous n’hésitons pas à qualifier d’inhumaines. À Sherbrooke, une baisse unilatérale du financement de services de réadaptation en santé mentale fragilise directement des personnes déjà vulnérables. Dans chaque cas, une décision administrative ou budgétaire finit par être payée par un usager dans sa santé, sa sécurité ou sa dignité.

Ainsi, à moins d’un changement de plan de la part des chefs, voici donc ce que vous n’entendrez pas lors de leurs débats : des engagements pris en direct devant les citoyens, des chefs prêts à exercer pleinement leur autorité sur Santé Québec et une reconnaissance claire des conséquences humaines des décisions budgétaires et administratives dans le réseau.

Ces débats passeront vite. Les Usagers de la santé du Québec, eux, retiendront autant les silences que les engagements qui y seront pris. La parole est maintenant aux chefs.

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