Il rappelle le climat qui prévalait au début de la crise tarifaire en mars 2025.
« On était dans un climat d’incertitude qui faisait en sorte que c’était très dur de prévoir l’année et de prévoir ce qui allait arriver pour les entreprises. Il a fallu qu’on donne du temps au temps pour qu’on puisse voir justement les impacts apparaître au niveau des entreprises », a déclaré M. Rétamal.
La première vague de tarifs avait semé l’inquiétude avant qu’une porte de sortie ne se précise, rappelle le commissaire. Les entreprises qualifiées à l’ACEUM pouvaient alors passer la frontière « sans trop de problèmes », dit-il. Mais aujourd’hui, la donne a changé.
« Avec ce qui est annoncé actuellement par l’administration Trump, il n’y a plus d’argument qui tient. C’est vraiment une question de liste impressionnante de produits qui vont être taxés et surtaxés. »
« La nouveauté aujourd’hui, c’est que les montants sont très élevés et ça s’applique à tous les produits malgré la [signature du] CUSMA (ACEUM) », précise-t-il. Contrairement à la première vague, où les entrepreneurs pouvaient négocier avec leurs clients américains pour partager la facture, la marge de manœuvre s’amenuise désormais.
Les PME les plus exposées
« Il y a des grandes entreprises, mais il y a aussi les PME qui, elles, n’ont pas les marges de profit nécessaires pour pouvoir absorber un aussi grand choc au niveau de leur marché américain », souligne M. Rétamal. Le secteur du meuble, particulièrement présent dans la région, serait directement touché, laisse-t-il entendre.
« Ce ne sera pas bon pour notre économie régionale, ce ne sera pas bon pour l’économie du Québec et du Canada. On peut s’attendre à avoir des pressions vraiment pour une récession », ajoute-t-il.
Le marché américain, dit-il, ne peut plus être considéré comme prévisible. « C’est comme une manière de dire qu’on ne veut pas voir ce marché-là. Ça fait en sorte que nos entrepreneurs n’ont pas le choix de commencer à regarder ailleurs. » Il rappelle que cette imprévisibilité complique les décisions d’investissement à long terme des entreprises.
Diversifier et sécuriser les approvisionnements
Le commissaire dit voir dans cette impasse deux solutions. Il faut, selon lui, « essayer de diversifier les sources de ventes autant que les marchés d’exportation. Mais également, à cause des contre-mesures, [essayer] de trouver des façons de remplacer les Américains aussi au niveau de l’importation de certains produits. »
« Le deuxième grand effort qu’on devrait faire dans la région, c’est de travailler très fort à améliorer notre productivité », soutient-il. Selon lui, « c’est le temps d’améliorer les machines pour être capable d’accéder à de nouveaux marchés qui sont peut-être plus distants et qui nous permettent, avec notre compétitivité, les accords de libre-échange que le gouvernement est en train de monter, de pouvoir y accéder et de rester compétitif. »
Reconstruire des chaînes d’approvisionnement bâties depuis 20 ou 30 ans avec les États-Unis n’est pas simple, reconnaît-il, « mais quand tu es au pied du mur, tu n’as pas le choix ». Il observe d’ailleurs un sursaut inédit de solidarité commerciale entre les provinces canadiennes.
« Ça fait 30 ans que je suis commissaire à l’exportation. Je n’ai jamais vu autant de volonté de faire des affaires entre Canadiens à travers toutes les provinces du Canada. »
Par ailleurs, le commissaire salue les efforts du gouvernement fédéral pour multiplier les accords commerciaux internationaux.
« Il y a quelque chose ici, il y a un travail qui va se faire, qui est en train d’être fait par le gouvernement fédéral, d’essayer d’établir des accords de libre-échange un peu partout. On parle d’une vingtaine d’accords, c’est ce que je vois dans les nouvelles, [qui] seraient annoncés par le Canada, des nouveaux accords qui permettraient d’avoir des relations plus stables et plus prévisibles avec d’autres partenaires commerciaux à travers le monde. »
Les contre-tarifs canadiens, une arme à double tranchant
Pour Ariel Rétamal, le Canada n’avait pas d’autre choix que de répliquer aux Américains, en leur imposant des droits de douane équivalents, au dollar près, à ceux imposés par M. Trump. Or, reconnaît-il, ces derniers ne sont pas sans conséquences sur les entreprises « d’ici » non plus.
« Ils sont “squeezés” des deux bords. […] Alors oui, ça va faire mal. »
« On n’avait pas le choix. Il fallait malheureusement répondre aux tarifs américains par des contre-mesures. C’est malheureux, mais c’est ça. »
Ariel Rétamal, directeur général, Laurentides International.
Il nuance toutefois en précisant que les effets de cette mesure s’installeront progressivement, évitant ainsi un choc brutal pour l’économie.
« Il va falloir résister pendant quelques mois »
Malgré le chambardement provoqué par les tarifs et contre-tarifs, M. Rétamal demeure confiant quant à l’évolution de la situation.
« Il y a des choses qui sont en train de se passer qui font en sorte que le temps joue un peu pour nous, mais il va falloir résister pendant quelques mois, même si cela peut créer des situations de perte d’emploi ou de ralentissement », explique-t-il.
Les élections de mi-mandat américaines seraient, à son avis, un tournant potentiel. La popularité du président étant, selon lui, en train de s’effriter, il se dit optimiste quant à une possible avancée « avant Noël ».

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