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Mirabel entre ambition économique et prudence territoriale

Photo Christophe Godon – La mairesse de Mirabel, Roxanne Therrien, a accueilli les membres de la communauté d’affaires de la région à son déjeuner annuel afin de présenter les priorités et orientations de la Ville.

Mirabel entre ambition économique et prudence territoriale

Publié le 07/04/2026

À l’occasion du Déjeuner de la mairesse, bousculant la tradition du souper du maire, Roxanne Therrien a dressé devant le milieu des affaires le portrait d’une ville en pleine expansion, se comparant souvent à ses voisins comme Saint-Jérôme et Blainville, tout en exposant ses priorités locales et régionales.

Une croissance portée par les entrepreneurs

D’entrée de jeu, la mairesse a rappelé que la prospérité de Mirabel repose d’abord sur ses entrepreneurs. « La richesse ne se crée pas à l’hôtel de ville », a-t-elle lancé, insistant sur le rôle central des commerces, des entreprises et du secteur agricole.

Avec une croissance démographique de 150 % depuis 2001 et plus de 2 400 entreprises, Mirabel s’impose comme un moteur économique majeur des Laurentides. La ville génère à elle seule près de 1 % du PIB du Québec, un poids que l’administration assume pleinement.

Structurer une ville en transformation

Cette croissance rapide oblige toutefois à mieux structurer le territoire. La création d’un centre-ville dans le secteur de la Cité Mirabel figure parmi les projets phares.

« Il faut assumer notre rayonnement », a soutenu Mme Therrien, en évoquant une vision à long terme : « Je me ramène souvent à une photo dans 50 ans pour guider nos décisions d’aujourd’hui. » Elle s’inspire ici d’une photo de Laval et de la transformation que cette ville a subit depuis un demi-siècle.

Sur le plan financier, la Ville mise sur une taxation modérée et sur de nouveaux outils comme l’« infracenne », dédiée à l’entretien des infrastructures. « Entretenir aujourd’hui, c’est éviter de payer demain », a-t-elle résumé.

Innover pour soutenir l’économie

Le développement économique passe aussi par un accompagnement accru des entreprises. En dix ans, Mirabel économique a contribué à plus de 230 projets, générant des investissements importants et près de 2 000 emplois.

La diversification s’appuie notamment sur l’innovation, tant en aéronautique qu’en technologies environnementales, des secteurs appelés à jouer un rôle clé dans les prochaines années.

Protéger le territoire agricole

Malgré cette croissance, la protection du territoire agricole demeure une priorité. Avec 87 % de sa superficie zonée agricole, Mirabel doit composer avec une réalité souvent mal comprise.

« Le 87 %, c’est le zonage. Ça inclut les boisés, les milieux humides, les terres en friche », a précisé la mairesse, évoquant un « clin d’œil » aux producteurs qui souhaitent nuancer ce chiffre et le ramener plutôt à 40 % de terres cultivées.

La création d’un bureau de l’agriculture chez Mirabel économique vise justement à mieux accompagner ces derniers. « C’est un besoin qu’on entendait sur le terrain. On vient créer un pont direct pour les soutenir. »

Des projets structurants en toile de fond

Plusieurs initiatives viendront soutenir cette vision d’équilibre entre développement et protection du territoire. Le Centre d’innovation et de mobilité durable, les partenariats avec des institutions comme l’INRS et la candidature de Mirabel pour la tenue des Jeux du Canada en 2031 sont autant de leviers appelés à renforcer le positionnement de Mirabel.

TGV : une opposition « responsable »

Le dossier du train à grande vitesse demeure toutefois le plus sensible. Opposée au projet dans sa forme actuelle, la mairesse défend une approche qu’elle qualifie de pragmatique.

« On n’a jamais dit oui à ce projet-là », insiste-t-elle, tout en rejetant une opposition uniquement symbolique. « Faire croire qu’on peut juste dire non et que tout va disparaître, ce n’est pas responsable. »

Elle a rappelé lors de ce déjeuner sa priorité : réduire les impacts, notamment sur les terres agricoles. « Notre priorité, c’est de protéger notre territoire et de diminuer au maximum les impacts. »

La Ville propose ainsi de déplacer le corridor vers des emprises publiques et d’ajouter une gare sur le site aéroportuaire. « Si le projet se réalise, je ne veux pas qu’on nous l’impose sans avoir rien dit ni rien fait. »

Un appel à la mobilisation

Malgré les défis, le message se veut mobilisateur. « Lorsque vos entreprises réussissent, c’est toute la ville qui avance », a conclu Mme Therrien, appelant à une collaboration étroite entre la Ville et ses acteurs économiques.