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Mirabel au coeur de la stratégie militaire d’Ottawa

Photo GordZam – Mirabel se positionne comme pôle stratégique de la défense.

Mirabel au coeur de la stratégie militaire d’Ottawa

Publié le 09/04/2026

Ottawa s’apprête à investir pas moins de 500 milliards de dollars d’ici 2035 dans l’industrie de la défense, annonce la ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, qui se dit convaincue que sécurité nationale et sécurité économique sont indissociables pour assurer la souveraineté du Canada.

« C’est la stratégie de défense la plus importante de l’histoire du Canada depuis la Deuxième Guerre mondiale, a souligné Mme Joly. Et c’est la seule industrie bénéficiant d’un financement de 500 milliards de dollars, car il n’y a rien qui se compare à la stratégie de la défense. »

La ministre fédérale de l’Industrie et ministre responsable de Développement économique Canada pour les régions du Québec a indiqué que, lors de son passage à Mirabel, le 31 mars dernier, à l’occasion de la grande journée Innovation et Défense tenue sur le site de YMX Innovation où s’étaient réunis les quatre députés fédéraux des Laurentides, des élus municipaux et de nombreux professionnels de l’industrie.

Mme Joly se dit convaincue que le Canada peut tirer son épingle du jeu en dépit du contexte économique bouleversé par l’administration Trump et le conflit actuel au Moyen-Orient. C’était d’ailleurs l’un des objectifs de la création de l’Agence de l’investissement de la défense, annoncée l’automne dernier par le gouvernement Carney.

« On ne peut pas contrôler ce qui se passe à la Maison-Blanche, mais il y a plusieurs choses que l’on peut contrôler. Et ce que l’on peut contrôler, c’est certainement comment créer une économie forte. On peut aussi créer une économie qui fait en sorte de protéger nos emplois, mais également d’en créer », a affirmé la ministre Joly, lors de sa conférence.

Pour une stratégie industrielle de la défense

Pour cela, il faudra s’appuyer sur une véritable stratégie industrielle de la défense, ce qui est envisageable, croit-elle. « On l’a déjà fait. On a déjà bâti une capacité industrielle à partir de rien. On peut le faire à nouveau », a indiqué Mélanie Joly en rappelant le grand effort industriel durant la Seconde Guerre mondiale.

La ministre estime qu’il faut plus que jamais démontrer notre force de dissuasion et notre capacité de nous défendre afin de protéger notre souveraineté, « pour assurer la paix, la prospérité pour nous et les prochaines générations ».

Elle a ainsi répété à Mirabel que son gouvernement avait dépensé cette année 60 milliards de dollars dans la défense, soit la cible définie par l’OTAN de 2 % en dépenses annuelles dans le secteur de la Défense. « Et 2 %, c’est 60 milliards de dollars et c’est la première fois depuis la chute du mur de Berlin que l’on est capable d’atteindre cette cible. Et là, on parle de 500 milliards de dépenses d’ici 2035 », a souligné la ministre de l’Industrie.

Selon Mme Joly, des investissements en défense permettront la création d’emplois et des opportunités pour les Canadiens. Alors que le gouvernement Carney se donne comme objectif de créer 125 000 emplois, il compte aussi rehausser l’attribution de contrats en défense internationale afin qu’ils passent de 42 % à 70 % en faveur des entreprises canadiennes.

« On va augmenter nos exportations de 50 %. Notre objectif, c’est d’augmenter nos revenus dans le domaine de la défense de 240 %. C’est immense. »

Six personnes en vêtements formels alignées pour une photo officielle dans une salle moderne
Photo courtoisie – Invitée spéciale à la grande journée Innovation & Défense, réunissant la députation des Laurentides, élus municipaux et industriels, Mélanie Joly n’a pas manqué de rappeler qu’elle a des racines familiales à Mirabel.

Pour des investissements qui rapportent

« On veut aussi faire en sorte de générer des retombées économiques avec les investissements réalisés. Parce que l’on sait que tous les autres pays de l’OTAN, particulièrement le Moyen-Orient et l’Asie, investissent énormément de sommes en défense.

« On est déjà en mode action. On a signé une entente avec l’Europe — (L’entente SAFE signée le 15 février avec le Danemark) pour créer un marché d’approvisionnement au niveau de la défense. »

Ottawa compte aussi élargir ses investissements en aérospatial. La ministre Joly avait annoncé en novembre dernier des investissements de plus de 500 millions dans l’Agence spatiale canadienne.

« Notre objectif, c’est d’avoir davantage de partenariats en recherche et développement, avec la NASA mais aussi avec l’Europe. On veut que le secteur de l’aérospatial canadien soit maintenu et puisse en bénéficier. On a acheté six nouveaux avions de Bombardier. On a lancé à travers la BDC une nouvelle ligne d’affaires pour la BDC en matière de défense. »

Mirabel en profitera puisque la ministre Joly et le ministre des Travaux publics et de l’Approvisionnement, Joël Lightbound, ont annoncé récemment 1,5 milliard de dollars en aérospatial, dont bénéficiera Airbus avec la création de 720 emplois.

Fini l’économie de succursale

Ottawa veut aussi mettre l’accent sur la propriété intellectuelle. « On va être capable d’être en charge de notre propre destin. On va être capables aussi d’investir dans les entreprises qui investissent en recherche et développement. Ce n’est pas vrai qu’on veut juste être une économie de succursale. »

Et les trois mots d’ordre pour s’affranchir et redevenir souverain aux yeux d’Ottawa ? Construire, collaborer, acheter. Et dans cet ordre, affirme Mélanie Joly. Et on achètera seulement si on ne peut pas d’abord construire ou se tourner vers un partenariat, insiste la ministre fédérale de l’Industrie et ministre responsable de Développement économique Canada pour les régions du Québec.