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Guerre commerciale : bilan aéronautique mirabellois

Photo Christophe Godon – Les tensions commerciales avec les États-Unis créent de l’incertitude dans l’industrie aéronautique, notamment à Mirabel.

Guerre commerciale : bilan aéronautique mirabellois

Publié le 17/09/2026

La guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis fait planer une nouvelle incertitude sur l’industrie aéronautique, dont les activités sont particulièrement intégrées de part et d’autre de la frontière.

À Mirabel, où se concentre une importante partie de l’écosystème aérospatial québécois, les effets de cette nouvelle réalité dépassent déjà la seule question des tarifs.

« Les tarifs peuvent augmenter le coût des matériaux et des composantes et créer de l’incertitude pour certaines entreprises de la chaîne d’approvisionnement », souligne Mathieu Demers, coordonnateur principal de l’aéronautique à Mirabel économique.

L’industrie nord-américaine repose en effet sur des chaînes de production étroitement imbriquée. Matériaux, moteurs, systèmes et composantes peuvent traverser la frontière à différentes étapes avant qu’un appareil soit achevé. Les nouvelles barrières commerciales risquent ainsi d’augmenter les coûts, mais également d’influencer les décisions d’investissement et la localisation de certaines activités.

Ces tensions se sont manifestées de façon spectaculaire la semaine dernière. Le président américain Donald Trump a menacé d’interdire à Bombardier de vendre ses avions aux États-Unis si le constructeur canadien n’y déplaçait pas davantage de production. Le marché américain représente environ la moitié des ventes de Bombardier, malgré une présence déjà importante de l’entreprise aux États-Unis.

Même si Bombardier n’est plus au cœur de l’activité manufacturière mirabelloise comme elle l’a déjà été, l’épisode illustre la vulnérabilité d’une industrie dont les activités sont profondément intégrées à celles des États-Unis.

Bell : une présence maintenue à Mirabel

À Mirabel, la guerre commerciale a également pesé dans une récente décision du gouvernement du Québec concernant Bell Textron.

Québec a accepté de renoncer à environ 18,6 millions de dollars que l’entreprise devait toujours rembourser sur un ancien prêt. Le gouvernement a notamment justifié cette entente par sa volonté de protéger les activités et les emplois de Bell à Mirabel dans un contexte où une relocalisation vers les États-Unis était considérée comme un risque.

L’entreprise américaine s’est engagée à maintenir une présence à Mirabel jusqu’en 2037. Bell n’a toutefois pas confirmé publiquement qu’un déménagement était effectivement envisagé, invoquant le caractère confidentiel de son entente avec Québec.

L’épisode montre néanmoins jusqu’où l’incertitude commerciale peut se répercuter localement : au-delà du prix des pièces et des matériaux, les gouvernements cherchent maintenant à préserver des capacités industrielles jugées stratégiques.

La diversification comme protection

Chez Mirabel Économique, on insiste toutefois sur le fait que l’industrie locale demeure en croissance.

Depuis deux ans, la Ville mise particulièrement sur la mobilité aérienne avancée, les drones, la défense et les nouvelles technologies pour diversifier son économie aéronautique.

« La diversification vient renforcer l’ensemble de l’industrie plutôt que remplacer ses activités traditionnelles. Elle permet de multiplier les occasions d’affaires, d’attirer de nouveaux investissements et, ultimement, de contribuer à la stabilité et à la croissance des emplois spécialisés à Mirabel », affirme Mirabel Économique.

Airbus, Bell Textron, L3Harris, Volatus Aerospace, Pratt & Whitney, Safran et Avianor côtoient ainsi plusieurs dizaines de PME spécialisées.

La guerre commerciale constitue donc un risque réel pour un secteur bâti depuis des décennies sur l’intégration économique nord-américaine. À Mirabel, cette incertitude survient alors qu’une diversification est déjà amorcée vers de nouveaux marchés, notamment la défense et les systèmes autonomes.