Le terme événement n’est pas choisi en vain pour parler de ce spectacle, qui est à l’image de toutes les productions de la compagnie de théâtre ayant offert ces dernières années La Corriveau, Belmont et La Géante, tous des spectacles concept à grand déploiement créés à partir de l’esprit créatif de Jade Bruneau.
Clémence, c’était le premier de cette foulée de spectacles concept. Un premier opus créé pour accompagner une exposition en hommage à l’artiste Clémence Desrochers, dont l’immense œuvre n’est plus à défendre, sinon à mieux connaître.
Et c’est précisément le but de ce très beau spectacle, qui met en vedette Jade Bruneau elle-même et Simon Fréchette-Daoust ainsi que Marc-André Perron, au piano, dans une mise en scène très simple mais laissant une large place aux personnages et textes créés par la Grande Clémence.
Legs intergénérationnel
Dans un premier temps, le duo de comédiens raconte l’enfance de l’artiste Desrochers en rappelant l’influence de son célèbre père, le poète Alfred Desrochers. On nous rappelle aussi l’influence qu’elle a eue sur des créateurs comme Marc Favreau (Sol), Paul Buissonneau et Michel Tremblay dont on a recréé les témoignages par le truchement de Simon Fréchette-Daoust, qui les personnifie.
« C’est vraiment comme un spectacle sur la transmission et sur le legs intergénérationnel. Donc dès le début, on part de l’enfance, on part de Clémence qui, toute petite, était déjà un peu, je dirais dans la marge, qui ne voulait pas continuer l’école, qui voulait vraiment être dans la différence. Puis tranquillement pas vite, on avance dans sa vie. C’est vraiment un spectacle sur la femme derrière le clown », confiait Jade Bruneau, en marge de la représentation au Zénith.
La compagnie théâtrale y est allée avec une démarche similaire à celle de Belmont, c’est-à-dire à partir des chansons et des monologues signés par Clémence Desrochers.
Hommage aux femmes
Le duo Fréchette-Daoust et Bruneau a misé sur une mise en scène très poétique, laissant une large place aux personnages féminins créés par Clémence ainsi qu’aux femmes l’ayant marqué dans sa vie. « Ce qu’elle a pris de sa mère, de son père, de sa grand-mère, de ses tantes, elle en a fait de l’art; elle a parlé des femmes ordinaires, des femmes du quotidien, celles qu’on ne voyait jamais, celles qui ne sont pas dans la lumière », souligne Jade Bruneau.
En fait, les deux comédiens se sont inspirés de Clémence pour rendre hommage aux femmes du quotidien, un peu comme le faisait l’artiste avec la Grosse Raymonde, Bertha la ronde et Adrienne La moyenne, à partir d’un collage de textes et de chansons de l’artiste.
Parce que Clémence Desrochers se présentait comme un être complexe derrière sa façade clownesque, les concepteurs ont choisi de présenter la femme derrière l’artiste, celle plus mélancolique, au mal de vivre, et qui a été endeuillée toute sa vie. Les comédiens ont d’ailleurs pris soin d’observer la pause silencieuse après les paroles rapportées par l’artiste, comme elle en avait l’habitude.
Simplicité et poésie
Mais surtout, on a choisi d’incarner son apport à la culture du Québec en plongeant dans son intimité, dans toute sa simplicité, loin du vedettariat spectaculaire.
La scène ne fait donc place qu’à quelques éléments de décor : une patère, quelques chaises éparpillées et, surtout, à un petit jardin représentant les espaces nature si prisés par Clémence et d’où elle aimait créer, d’où sa chanson bien connue « Cet été, je ferai un jardin ».
Les belles notes de piano viennent s’ajouter à la poésie présente tout au long du spectacle qui se délecte durant près d’une heure et demie, sans intermission.
Un spectacle déployé tout en douceur, tout en poésie, et comme on pouvait s’y attendre, fort apprécié par le public dont l’affection envers Clémence Desrochers ne s’est jamais démentie, envers celle dont on dit qu’« elle offrait des fleurs d’enfants pour adultes ».
La troupe poursuit sa tournée de représentations avec Clémence avant de remettre à l’agenda une nouvelle série de spectacles avec une toute nouvelle création, inspirée cette fois de l’unique Richard Desjardins.

MOTS-CLÉS
théâtre de l'oeil ouvert
Jade Bruneau
Clémence
Spectacle
Le Zénith