Dans Tournée d’adieu, Samuel Sénéchal pose cette question sans chercher de réponse simple. Il observe plutôt ce moment où l’insouciance se heurte à l’avenir et où ce qui réunissait autrefois les personnages ne suffit plus nécessairement à les conduire dans la même direction.
Troisième et dernier tome de la trilogie Commune, le roman nous ramène auprès des Catastrophes, un groupe punk montréalais, et des personnages qui gravitent autour de leur univers. La Commune est bien plus qu’un lieu de résidence. Elle est un espace de création, de rassemblement et d’excès, mais surtout le point d’ancrage d’une famille qui s’est choisie.
Faire le deuil pour avancer
Derrière son titre, Tournée d’adieu explore plusieurs formes de deuil : celui d’un lieu, d’une époque, de certaines relations et d’une version de soi associée à la jeunesse. À mesure que les perspectives d’avenir se précisent, les personnages doivent composer avec des aspirations qui ne s’accordent plus toujours aussi facilement.
Le roman parle ainsi de la fin de l’insouciance, mais sans condamner ce qui l’accompagnait. La musique, les soirées et les excès ont participé à la construction du groupe et des liens qui l’unissent. La question n’est pas de les renier, mais de comprendre la place qu’ils peuvent encore occuper lorsque vient le temps d’avancer.
« Ces deuils ne sont pas toujours accueillis comme étant négatifs; il s’agit parfois d’une transition, d’un changement qui peut être bénéfique pour certains », explique Samuel Sénéchal en entrevue.
Cette nuance traverse le roman. Le deuil n’y apparaît pas seulement comme une perte, mais comme un passage parfois nécessaire pour envisager la suite.
Le quotidien avant les grands bouleversements
Écrivain, éditeur, musicien et enseignant originaire de Saint-Eustache, Samuel Sénéchal poursuit ici sa démarche indépendante sous la bannière des Productions Désordre.
Comme dans Emmerdes, son précédent roman, Samuel Sénéchal préfère suivre les transformations qui s’installent dans le quotidien plutôt que de miser sur une grande intrigue.
« Les personnages, tout comme les humains, se bâtissent au quotidien. […] À mon sens, raconter le quotidien, banal ou pas, est la meilleure façon d’obtenir des personnages crédibles auxquels il est possible de s’identifier », souligne-t-il en entrevue.
La narration à la première personne circule entre les personnages et permet de découvrir leurs pensées, leurs contradictions et leurs différentes visions de l’avenir. Les dialogues occupent une place importante et donnent au récit un ton spontané, ancré dans le parler d’ici.
Cette place accordée au quotidien entraîne toutefois quelques répétitions. Le cycle des concerts, des soirées et des excès crée parfois une impression de déjà-vu. Sans nuire à la lecture, certains passages auraient gagné à être resserrés. Cette répétition traduit néanmoins les habitudes auxquelles les personnages restent attachés, même lorsque leurs préoccupations commencent à évoluer.
Après six années de rédaction, Samuel Sénéchal fait lui aussi ses adieux à des personnages qui l’ont longtemps habité. La trilogie ayant pris forme au printemps 2020, en pleine pandémie, ce groupe hétéroclite aura accompagné l’auteur tout au long de l’écriture et nourri son plaisir d’écrire et sa motivation, qu’il estime avoir conservés jusqu’à la toute fin.

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Trilogie Commune