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Les œuvres oubliées du père Louis Nicolas exposées à Oka

Photo : Henriette Sena — Les reproductions des dessins du père Louis Nicolas sont présentées dans le cadre de l’exposition Art colonial de la Nouvelle-France.

Les œuvres oubliées du père Louis Nicolas exposées à Oka

Publié le 07/08/2026

Sur l'une des planches reproduites à la chapelle Kateri, à Oka, un minuscule détail, que l'on pourrait facilement prendre pour une tache, se cache au milieu d'un dessin d'animaux.

« Ce n’est pas une tache », précise Mario Robillard aux visiteurs qui s’arrêtent devant. C’est une mouche luisante, dessinée avec le même souci du détail que les plus grands animaux du Codex Canadensis. « C’est pour ça que je vous dis que c’est un scientifique », lance l’iconographe, en parlant du père Louis Nicolas, missionnaire jésuite du XVIIe siècle dont les 180 dessins forment la pièce maîtresse de l’exposition Art colonial de la Nouvelle-France, présentée depuis le 4 juillet.

Mario Robillard a consacré plus de huit ans à reproduire cette œuvre et celle d’un second jésuite, Claude Chauchetière. Ce travail s’effectue à la maison, dans la solitude d’un atelier où il faut aussi déchiffrer un français vieux de 350 ans. « Je suis seul chez moi, alors je relis les textes à voix haute », raconte-t-il, pour s’imprégner du rythme des phrases avant de reprendre l’encre de Chine.

Dans une galerie aux murs beiges, une personne contemple des gravures encadrées de bateaux et personnages anciens
Photo : Henriette Sena — Un groupe de visiteurs admire les œuvres exposées à la chapelle Kateri, à Oka.

Un scientifique malgré lui

Louis Nicolas est arrivé en Nouvelle-France en 1664 pour évangéliser les peuples autochtones. Il y est resté onze ans, mais s’est peu à peu laissé happer par autre chose : observer, noter, dessiner la faune, la flore et les gens qu’il rencontrait. Ses supérieurs l’ont rappelé en France. Robillard, qui a lu l’ensemble de ses écrits pour reproduire ses dessins, y voit la marque d’un homme qui refusait qu’on lui dicte sa conduite. « C’est un esprit libre », dit-il, préférant croire à une démission plutôt qu’à un renvoi.

Un dessin d’oiseau, exposé non loin, illustre un autre genre de malentendu, cette fois entre les siècles. Aujourd’hui, on y reconnaît un hibou. Mais selon Gilles Landreville, qui dirige la Fondation de l’église et accompagnait la visite, « le père missionnaire appelait ça un coucou », d’après le chant qu’il croyait entendre.

Un mystique au chevet de Kateri Tekakwitha

L’autre volet de l’exposition appartient à Claude Chauchetière, arrivé en 1677 à la mission du Sault-Saint-Louis, où il a côtoyé Catherine Tekakwitha jusqu’à la mort de celle-ci, en 1680. Contrairement à Louis Nicolas, le naturaliste, Chauchetière était un mystique. Peu après le décès de Catherine, il a lui-même écrit que Dieu lui avait confirmé, par les prières de la jeune femme, tout ce qui s’était passé les années précédentes. De cette expérience est née la Narration annuelle du Sault Saint-Louis, illustrée de lavis que l’exposition présente aux côtés du Codex.

Mario Robillard a fait un choix délibéré dans la mise en espace : aucun texte explicatif n’accompagne les dessins eux-mêmes. « Les œuvres parlent aux visiteurs », dit-il. L’an dernier, une activité similaire tenue à Lavaltrie a permis à des élèves du primaire de reproduire un dessin du Codex après une visite guidée. Selon Robillard, une fillette avait alors pris le cartable de reproductions pour lire à voix haute, à sa petite sœur, un texte en vieux français.

L’artiste dit devoir la tenue de cette exposition à Oka à une mise en contact, par une connaissance personnelle, avec Gilles Landreville. « C’est lui qui a cru à mon travail », résume-t-il, avant d’ajouter que chaque nouvel accueil, après des années de portes fermées ailleurs, confirme qu’un pan oublié de l’histoire de la Nouvelle-France mérite d’être redécouvert.