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Culture : des constats communs, des solutions qui divergent

Photo Christophe Godon –

Johane Despins recevait la candidate de la CAQ dans Deux-Montagnes, Christine Maestracci, le candidat libéral dans Saint-Henri-Sainte-Anne, Benoit Clermont, le co-porte-parole de Québec Solidaire Sol Zanetti et la député et candidate dans Terrebonne, Catherine Gentilcore, pour un débat sur la Culture au HEC Montréal.

Culture : des constats communs, des solutions qui divergent

Publié le 16/09/2026

À quelques semaines du scrutin provincial, la culture a eu droit à son débat électoral, mercredi après-midi à HEC Montréal.

Christine Maestracci, candidate de la Coalition avenir Québec dans Deux-Montagnes, Catherine Gentilcore, députée et candidate du Parti québécois dans Terrebonne, Benoit Clermont, du Parti libéral du Québec, et Sol Zanetti, de Québec solidaire, ont confronté leurs visions sur la découvrabilité, l’accès des jeunes à la culture, la précarité des artistes et l’avenir de l’audiovisuel.

D’entrée de jeu, les quatre formations ont placé la culture au cœur de l’identité québécoise, mais avec des approches différentes. La CAQ a défendu une vision « ambitieuse et nationaliste », fondée sur l’écoute du milieu et les mesures déjà engagées. Les libéraux ont insisté sur la fierté, la prévisibilité du financement et le développement d’une nouvelle génération d’artistes et d’entrepreneurs culturels. Québec solidaire promet pour sa part d’investir massivement, tandis que le PQ et QS ont tous deux présenté l’indépendance comme un outil permettant au Québec de mieux contrôler son développement culturel.

Sur une scène éclairée de bleu, cinq intervenants assis participent à une table ronde, avec verres et carafe
Photo Christophe Godon

Rejoindre les jeunes

La découvrabilité du contenu québécois a donné lieu à l’un des rares consensus. Tous ont salué la loi 109, adoptée pour accroître la présence des contenus culturels francophones dans l’environnement numérique, tout en proposant différentes façons d’aller plus loin.

Le PLQ souhaite notamment faire de Télé-Québec une véritable porte d’entrée vers la culture québécoise et soutenir davantage les créateurs numériques. Québec solidaire propose une « passe culture » destinée aux 12 à 18 ans, utilisable pour l’achat d’un livre, d’un album ou d’un billet de spectacle. Le PQ veut lui aussi élargir le rôle de Télé-Québec et propose un programme de billets de spectacles « deux pour un » pour les jeunes.

Pour Catherine Gentilcore, le recul récent d’Ottawa sur les contributions financières imposées aux grandes plateformes de diffusion illustre également les limites du cadre fédéral. La CAQ mise plutôt sur la création d’une masse critique d’œuvres québécoises capables de rejoindre le public, notamment dans l’univers numérique.

L’accès des élèves à la culture a toutefois donné lieu à davantage de frictions. Québec solidaire s’est engagé à protéger les budgets consacrés aux livres et aux sorties scolaires et à les bonifier. Le PQ veut également augmenter l’enveloppe consacrée aux livres, remettre davantage les arts au cœur de l’école et établir une liste de classiques québécois.

La CAQ a défendu la décision de regrouper certaines enveloppes afin de laisser davantage d’autonomie aux écoles et aux centres de services scolaires, tout en promettant de multiplier le financement destiné aux sorties culturelles. Christine Maestracci a aussi fait valoir le soutien aux bibliothèques et le contenu offert aux enseignants par Télé-Québec.

Christine Maestracci a été interpellée à plusieurs reprises sur cet enjeu. Ses adversaires ont notamment évoqué les inquiétudes de diffuseurs qui disent constater une diminution des réservations scolaires. Maestracci a répondu à plusieurs reprises que d’autres engagements culturels de son parti seraient présentés au cours de la campagne.

La précarité comme ligne de fracture

La différence la plus marquée entre les formations apparaît toutefois dans le financement du milieu. Québec solidaire promet 510 M$ par année en nouveaux investissements, dont 380 M$ supplémentaires pour doubler le soutien offert par le Conseil des arts et des lettres du Québec et la SODEC. Le parti veut également expérimenter dans la Capitale-Nationale un filet social pour les artistes doté d’une enveloppe de 130 M$.

Sol Zanetti a insisté sur le fait que QS ne souhaitait pas simplement protéger les budgets actuels, mais les augmenter et les indexer.

Le PQ propose entre autres de doubler les contributions à la Fondation des artistes, qui vient en aide aux travailleurs du milieu vivant des difficultés financières. La CAQ a plutôt rappelé les investissements réalisés et les travaux déjà en cours avec le secteur, tandis que le PLQ a insisté sur la nécessité de rendre le financement culturel plus prévisible.

L’audiovisuel, une industrie qui représente quelque 50 000 emplois au Québec, a également occupé une place importante. La CAQ promet de poursuivre les investissements amorcés, de revoir les crédits d’impôt et d’accentuer le virage jeunesse de Télé-Québec. Le PLQ souhaite donner suite aux travaux sur l’avenir de l’audiovisuel québécois et mieux rejoindre les jeunes publics.

Québec solidaire veut pour sa part encadrer davantage l’intelligence artificielle, qu’il considère comme une nouvelle menace pour les créateurs. Le PQ souhaite conserver les investissements annoncés tout en évitant de miser exclusivement sur Télé-Québec et en cherchant plutôt à rejoindre les Québécois sur les plateformes qu’ils utilisent déjà.

Au terme de 90 minutes de discussion, les participants s’entendaient largement sur la nécessité de mieux faire découvrir la culture québécoise. C’est plutôt sur la manière d’y parvenir, soit par davantage d’argent public, une intervention accrue de l’État, de nouveaux outils destinés aux jeunes ou une plus grande autonomie politique, que les différences se sont affirmées.

Au moment d’écrire ces lignes, la CAQ et le PLQ n’avaient pas encore dévoilé l’ensemble de leurs engagements détaillés en culture. L’animatrice Johane Despins a d’ailleurs déploré que les partis n’aient pas profité du débat pour les présenter.