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Série | Les visages de la terre : Sylvain Éthier, l’enfant de l’expropriation qui n’a jamais oublié

Photo : Christophe Godon — Sylvain Éthier, accompagné par sa fille Émilie et ses petits-enfants, a partagé son expérience d’exproprié dans le dossier de l’aéroport de Mirabel lors de la manifestation du 10 juin à Ottawa.

Série | Les visages de la terre : Sylvain Éthier, l’enfant de l’expropriation qui n’a jamais oublié

Publié le 25/06/2026

Lorsque Sylvain Éthier prend le micro devant les manifestants réunis contre le projet de train à grande vitesse Alto, il ne parle pas seulement du présent.

Il replonge dans l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire des Basses-Laurentides : l’expropriation de Mirabel.

À 66 ans, il porte encore les souvenirs de l’enfant qu’il était lorsque le gouvernement fédéral a annoncé la création de l’aéroport international de Mirabel. Son père avait alors 33 ans. Sa famille, comme des milliers d’autres, s’est retrouvée plongée dans l’incertitude.

« Quand on voit nos parents inquiets de tout perdre, on est marqué à vie », résume-t-il.

Le souvenir est encore vif. Il se rappelle avoir manqué l’école dès l’âge de 12 ans pour participer aux manifestations. Il se souvient de la colère, mais aussi de l’impuissance ressentie par les familles touchées.

« À la base, nous sommes des gens pacifiques, mais en même temps, on devient colériques et révoltés », affirme-t-il.

Ce qui l’a le plus marqué n’est pas seulement la perte de terres ou de bâtiments, mais la détresse humaine qui accompagnait l’expropriation. Il raconte notamment le jour où un voisin est arrivé chez lui en pleurant après qu’une tempête eut arraché le toit de sa grange. Parce que sa propriété était visée par l’expropriation, les investissements nécessaires à la reconstruction ne pouvaient être reconnus.

Pourtant, au milieu de cette période difficile, il a aussi vu naître une solidarité qu’il n’a jamais oubliée.

« Beaucoup d’expropriés de Mirabel se sont serré les coudes », raconte-t-il. Des voisins se sont mobilisés pour reconstruire ensemble la grange endommagée. Une façon de refuser que l’un des leurs soit abandonné à son sort.

Pendant 18 ans, sa famille a vécu sous le régime de l’expropriation. Dix-huit années d’incertitude et de restrictions qui ont laissé des traces profondes dans plusieurs foyers.

Son père a poursuivi le combat jusqu’à la fin de sa vie. Décédé en 2018 à l’âge de 82 ans, il n’a jamais cessé de parler de ce qu’il considérait comme une injustice.

Aujourd’hui, Sylvain Éthier voit dans le débat entourant Alto des échos du passé. Sans comparer directement les projets, il estime que les gouvernements doivent retenir les leçons de l’histoire avant de bouleverser des communautés entières au nom du progrès.

Au fil des décennies, il a observé d’autres expropriations marquantes au Canada. Mais c’est celle de Mirabel qui demeure au cœur de son engagement.

Plus d’un demi-siècle après les événements, le souvenir est toujours présent. C’est une histoire de racines, de mémoire et de blessures qui peuvent traverser plusieurs générations. Et si Sylvain Éthier continue de prendre la parole aujourd’hui, c’est pour s’assurer que derrière les cartes, les corridors et les études techniques, personne n’oublie les familles qui vivent sur ces terres.