Quelques mois après son élection, l’ambition demeure. Mais retrouver le village, dans son esprit, ne signifie surtout pas revenir en arrière.
Le maire veut préserver ce qui distingue Oka, son histoire, son noyau villageois et son rapport particulier au territoire, tout en faisant de sa petite administration municipale une organisation capable d’innover et de gagner en efficacité.
« Préserver cette allure villageoise-là, pour moi, ne veut pas dire rester petit, ou ne pas faire de grandes choses », résume Patrick Hardy.
Le maire voit notamment dans le tourisme et l’animation du noyau villageois une partie de l’avenir économique d’Oka. Il remarque déjà un engouement autour des activités organisées dans le village et y voit un signal intéressant : lorsque le noyau se remplit même quand la traverse n’est pas en activité, les gens ne font plus simplement que passer par Oka. Ils viennent à Oka.
L’horticulture pourrait également prendre davantage de place. Le maire rappelle la présence de nombreux producteurs de fleurs sur le territoire et imagine une municipalité où certaines surfaces gazonnées pourraient éventuellement céder leur place à des vivaces et des fleurs sauvages.
Cette volonté de préserver l’identité du village cohabite toutefois avec une vision beaucoup plus moderne de la machine qui l’administre.

L’IA entre à l’hôtel de ville
Oka expérimente notamment Muni-IA, un environnement d’intelligence artificielle conçu pour le monde municipal. Hardy s’en sert déjà pour effectuer des recherches dans les procès-verbaux et reconstituer l’évolution de certaines décisions municipales sans devoir demander à un employé de fouiller manuellement dans les archives.
À terme, il imagine même des municipalités développant leurs propres agents spécialisés et les partageant entre elles. Une ville pourrait, par exemple, créer un outil pour accompagner le traitement d’un permis d’urbanisme et permettre ensuite à d’autres municipalités d’en profiter.
Pour Patrick Hardy, l’intelligence artificielle n’est qu’une des pistes explorées pour gagner en efficacité.
La Ville s’intéresse également à la robotisation de certaines tâches. Une démonstration de tondeuse robotisée l’a notamment amené à calculer le nombre d’heures consacrées chaque semaine à l’entretien des espaces verts. Son raisonnement n’est pas de remplacer les employés, insiste-t-il, mais de leur permettre d’utiliser leur temps autrement.
Pendant qu’une machine entretient un terrain, un employé peut s’occuper d’une autre tâche qui aurait autrement dû être confiée à l’externe.
Hardy espère que l’accumulation de ces gains permettra éventuellement de contenir une autre pression devenue incontournable pour les municipalités : celle exercée sur le compte de taxes.
Petite municipalité, grandes ambitions
La taille d’Oka pourrait même devenir un avantage dans cette transformation.
Avec une organisation d’environ 65 employés, Hardy estime pouvoir expérimenter plus rapidement que ne le pourrait une grande ville. Il croit d’ailleurs que certaines des solutions testées à Oka pourraient éventuellement servir à d’autres municipalités québécoises de taille comparable.
« Est-ce qu’on peut devenir un cas d’étude intéressant? », lance-t-il.
Le changement passe également par la direction générale. La Ville a récemment choisi un jeune directeur général malgré son expérience plus limitée dans cette fonction. Hardy affirme que son potentiel, sa conception du succès collectif et son rapport à l’imputabilité ont pesé lourd dans la décision.
Le maire ne cache pas son ambition : il souhaite qu’Oka soit éventuellement citée comme un exemple d’efficacité municipale.
Une ambition qui pourrait sembler bien éloignée de celle de retrouver le cachet d’un village.
Pour Patrick Hardy, les deux vont pourtant ensemble.
Le maire parle de cette âme qu’on ressent encore lorsqu’on traverse certains villages de Gaspésie. C’est un peu ce qu’il aimerait retrouver à Oka, sans pour autant la figer dans le temps.
Moderniser l’administration doit permettre à Oka de mieux consacrer ses ressources à ce qui la distingue. Développer son tourisme. Miser sur son histoire sans vivre dans le passé. Faire pousser davantage de fleurs, peut-être moins de gazon, et utiliser l’intelligence artificielle derrière les murs de l’hôtel de ville.
Retrouver le village, en somme, sans cesser d’avancer.

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