La transaction, qui prévoit notamment le transfert des usines d’Oka et de Saint-Hyacinthe ainsi que d’une dizaine de marques, dont OKA, n’est toutefois pas encore conclue.
Le fromage Oka est un symbole du patrimoine québécois. Créé en 1893 par les moines trappistes d’Oka, il est ancré dans l’identité agroalimentaire du Québec.
Que l’entreprise appartienne à une multinationale française n’a aucune importance pour le maire d’Oka, Patrick Hardy. Il y voit plutôt un clin d’œil à l’histoire.
« J’ai l’impression que c’est comme si le fromage retourne un peu à ses origines », dit-il.
Né d’un savoir-faire français
Alors que la fromagerie doit passer aux mains de Lactalis, le fromage Oka a connu plus d’un siècle d’histoire. Selon un numéro de la revue Okami, acheminé à la rédaction par la Société d’histoire d’Oka, les moines trappistes s’installent dans la région vers 1880 et y créent une ferme. La fabrication du fromage commence en 1893.
Cette année-là, le frère Alphonse Juin arrive tout droit de France. Il est spécialiste du fromage Port-du-Salut, qui porte le nom de l’abbaye d’où il vient, écrit la revue Okami. Le frère Juin compte déjà 20 ans d’expérience et a été médaillé neuf fois aux expositions de Londres et de Paris.
Dès son arrivée, il remporte le premier prix à l’exposition provinciale de Montréal, puis se distingue l’année suivante à celle de Québec. En 1896, il décroche une médaille d’or. Le fromage devient si populaire que les moines n’arrivent plus à répondre à la demande.
En 1899, un incendie ravage la fromagerie, aussitôt reconstruite près du chemin Sainte-Sophie. En 1902, c’est au tour du monastère et de l’église d’être détruits. Le monastère brûle de nouveau en 1916, tout comme les serres et les granges.
Chaque fois, les trappistes reconstruisent rapidement et en profitent pour améliorer leurs installations, rapporte la revue.
La fromagerie reste la propriété des moines pendant plus de 70 ans. D’abord artisanale, elle prend peu à peu de l’envergure. Selon la revue, cette croissance finit par entrer en conflit avec les principes d’austérité, de silence et de simplicité de la vie monastique. Les trappistes renoncent alors à une entreprise devenue trop mercantile.
La fromagerie est vendue à Distillerie Meagher ltée, puis rachetée par Agropur le 27 février 1981. Elle doit maintenant passer aux mains de Lactalis.
Le maire Patrick Hardy rassuré
« Quand la transaction a été annoncée, évidemment, la réaction immédiate a été, mais est-ce qu’on va préserver la production du fromage Oka dans notre village ? », raconte Patrick Hardy. Il précise que ses échanges par courriel avec le PDG de Lactalis Canada et ses recherches sur l’entreprise l’ont tout de suite rassuré.
« Nous accordons une grande importance au fait que cette gamme de fromage soit profondément enracinée dans le patrimoine et l’histoire du Québec », a écrit le président et chef de la direction de Lactalis Canada, Mark Taylor, dans un communiqué. « Nous entendons également devenir un membre actif des communautés d’Oka et de Saint-Hyacinthe en soutenant les employés, les producteurs et les partenaires, tout en contribuant de façon durable aux personnes et aux collectivités qui ont façonné ces marques tant appréciées », a-t-il ajouté.
Selon le maire, l’historique des acquisitions de Lactalis joue en faveur d’Oka. « Ils n’achètent pas de la production pour la déménager ailleurs. Ils achètent de la production pour optimiser leur revenu avec la marque, dans ce cas-ci, le fromage Oka. Et dans leur parcours, ils ont toujours préservé le talent local parce que ça fait partie de leur modèle », fait-il valoir.
Le syndicat n’est pas inquiet, mais reste prudent
Les travailleurs de l’usine d’Oka ne craignent pas pour leurs emplois avec l’arrivée de Lactalis. Ce qui les inquiète, c’est surtout de ne pas encore connaître leur futur employeur, selon les Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC).
« Pour l’instant, c’est toujours Agropur qui est l’employeur. Nous, on n’a pas encore rencontré Lactalis. La transaction n’a pas encore eu lieu », indique Roxane Larouche, représentante nationale et responsable des communications du syndicat TUAC. « Alors, on va se garder une réserve quant à l’accueil du nouvel employeur. On va commencer par le rencontrer et le connaître. »
Rien ne laisse craindre des pertes d’emploi, de l’avis de Roxane Larouche. « En principe, la production devrait continuer comme elle l’est présentement avec les employés qui sont là et qui ont une expertise justement pour produire ce fromage-là », affirme Mme Larouche, ajoutant que l’acheteur aura besoin de cette main-d’œuvre-là.
Dans le communiqué annonçant l’acquisition, Lactalis Canada s’engage à « préserver l’authenticité et la qualité des marques primées » et précise qu’elle accueillera environ 400 employés répartis entre les usines d’Oka et de Saint-Hyacinthe.
Ni Agropur ni le Groupe Lactalis n’étaient en mesure d’émettre de nouveaux commentaires, la vente de l’usine n’étant toujours pas conclue. Annoncée en juillet, celle-ci doit être approuvée par le Bureau de la concurrence du Canada.
Le processus pourrait durer plusieurs mois, nous a-t-on indiqué.

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