logo journal leveil
icon journal
Fermeture de l’unité des naissances à Saint-Eustache : « C’est urgent d’agir »

Photo Marie Pier Lafleur –

L’Hôpital de Saint-Eustache, où l’unité des naissances est fermée temporairement en raison d’un manque d’obstétriciens-gynécologues.

Fermeture de l’unité des naissances à Saint-Eustache : « C’est urgent d’agir »

Publié le 18/11/2025

La pénurie de médecins qui ronge le Québec affecte jusqu’à l’unité des naissances de L’Hôpital Saint-Eustache.

Le service ferme faute d’obstétriciens-gynécologues. D’ici la fin du mois de novembre, les femmes enceintes seront orientées vers d’autres centres en fonction de leur condition.

Les femmes se retrouvent aujourd’hui en première ligne dans cette crise qui secoue l’Hôpital Saint-Eustache. Or, loin d’être prioritaires, leurs besoins sont au contraire largement sous-estimés. Docteure Isabelle Lambert, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital de Saint-Eustache, n’y va pas par quatre chemins. Pour elle, le message principal, c’est que la santé des femmes a été « sous-financée, sous-politisée ».

Aujourd’hui, reconnaît le médecin, grâce aux luttes féministes, les femmes possèdent une meilleure compréhension de leur santé. Leurs conditions gynécologiques ne sont plus banalisées comme avant, soutient-elle. Qu’il s’agisse de pathologies comme l’endométriose ou l’adénomyose, de ménopause complexe ou de grossesses comportant des risques, « les femmes sont plus impliquées et elles ont le droit d’avoir accès à des soins efficaces, performants », déclare la docteure qui déplore la fermeture de l’unité des naissances.

« […] on se permet de fermer une salle d’accouchement qui est une salle d’urgence pour les femmes. Donc, c’est sûr que pour moi, ça lance un double message pour ma clientèle. Je trouve ça difficile d’accepter des décisions comme ça ».

Docteure Isabelle Lambert, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital de Saint-Eustache

La situation ne date pas d’hier

Cela fait plusieurs années que les médecins travaillent en sous-effectif dans cette unité. Et ce manque de médecins fragilise le service d’obstétrique-gynécologie de l’hôpital de Saint-Eustache, reconnaît le centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides. Plus la population desservie croît, plus il manque de bras, plus l’enjeu s’envenime.

La Docteure Isabelle Lambert, exténuée par cette pénurie, a décidé de démissionner de son poste de cheffe de l’obstétrique dans les Laurentides. « Il faut savoir bien gérer ses énergies pour ne pas tomber au combat », justifie-t-elle, soulagée de se concentrer sur « une chose », affirme-t-elle. Elle se dit déçue d’avoir dû quitter ses fonctions de chef, laissant derrière plusieurs projets de développement en cours.

« En étant devenus trois gynécologues à temps plein, puis certains gynécologues en réduction de tâches. Il y a sept jours dans une semaine, sept fois 24 heures, à trois, ce n’est pas soutenable pour plusieurs mois consécutifs », ajoute-t-elle.

Sur un total de huit postes, seulement trois sont actuellement comblés à l’Hôpital Saint-Eustache. Un poste est vacant et les quatre autres font l’objet d’absences partielles ou complètes, indique le CISSS des Laurentides.

Drapeau rouge

La docteure Lambert dit avoir tout fait pour éviter que le service ne ferme une nouvelle fois. Un manque de médecins avait forcé la fermeture de l’unité de naissance pendant 48 h en août 2025. « C’est sûr que depuis la mi-août, j’avais lancé le drapeau rouge de dire que ce n’était qu’une question de temps depuis le premier bris de 48 heures au mois d’août, avant que ça se reproduise » soulève le médecin, dénonçant l’inaction des autorités.

« Pour moi, ça aurait été quelque chose d’évitable si on avait réagi plus rapidement. C’est aussi les conséquences de décisions ministérielles depuis 2019, alors qu’on était bien au courant de ce qui allait se passer dans nos régions au Québec. Donc, je pense que ça crée un historique qui est difficile à endosser pour le système de la santé ».

Docteure Isabelle Lambert, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital de Saint-Eustache

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides de son côté précise avoir effectué de nombreuses démarches de recrutement auprès de la Fédération des médecins résidents du Québec, de l’Association des obstétriciens-gynécologues du Québec (AOGQ), des résidents en médecine, des participants des congrès et des formations destinées aux obstétriciens-gynécologues.

 « Nous déployons également différents efforts de recrutement auprès des infirmières cliniciennes et infirmières praticiennes spécialisées en soins aux adultes (IPS-SA) et effectuons du parrainage international. Toutes ces actions se déroulent de façon continue et intensive », souligne le CISSS des Laurentides dans un communiqué.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dit mener des actions depuis plusieurs années pour « augmenter les effectifs médicaux dans les différentes spécialités, notamment en obstétrique-gynécologie ». Entre 2020 et 2024, les admissions ont été augmentées de 40 %, écrit le ministère. Cependant, il faut 10 ans pour former un obstétricien-gynécologue, soulignent les responsables. « Ce qui fait que nous ne voyons donc pas encore les impacts qu’ont les facultés de médecine et le réseau pour former plus de médecins ».

Docteure Isabelle Lambert affirme avoir réclamé la mise en place d’une organisation de service orientée vers Saint-Jérôme ou Saint-Eustache en collaboration avec les équipes régionales. « Mais j’ai l’impression que c’est un message qui a été entendu, mais pas de solution concrète mise de l’avant », déplore-t-elle, expliquant que l’équipe s’est ainsi retrouvée à devoir gérer un bris de service avec seulement une semaine de préavis, sans solution durable pour les mois à venir.

« Sans précédent »

La fermeture de l’unité des naissances de l’Hôpital Saint-Eustache réputé pour ses services de qualité depuis plus de trois décennies et où se déroulent 1400 naissances annuellement est sans précédent, affirme Dre Isabelle Lambert, qualifiant la situation d’extrêmement préoccupante

Le Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides s’engage à accompagner les femmes enceintes pendant cette période. Les responsables les invitent à téléphoner à l’unité des naissances, en composant le 450 473-6811 au poste 42180. « Elles seront redirigées vers la meilleure alternative dans leur situation », précise l’organisme.

« Lors de l’appel, la condition de chaque femme sera évaluée par une infirmière spécialisée en obstétrique. À la suite de l’évaluation téléphonique par l’infirmière, les femmes enceintes pourront être orientées vers les unités de naissances des centres hospitaliers à proximité ou vers le service de santé adapté à leurs besoins », soutient le CISSS, invitant les patientes à appeler le 911 en cas d’urgence.  

« Soyez assurée que chaque femme sera guidée et soutenue. Nous sommes conscients de l’importance d’une grossesse et d’un accouchement dans la vie d’une femme et d’une famille », concluent les responsables.