Une centaine de curieux étaient réunis à la salle communautaire de Val-d’Espoir pour écouter les morceaux qu’elle relatait de ses voyages dans les zones les plus difficiles de l’Afrique, de l’Asie et des Caraïbes.
Dès son adolescence, elle rêvait de travailler avec Pierre Nadeau, ce qu’elle a fait quelques années plus tard, avec sa maîtrise en histoire en poche. « Il n’y avait pas de formation en journalisme dans mon jeune temps », témoigne-t-elle. « Il fallait apprendre sur le tas, et j’ai fait quelques erreurs, évidemment ».
Sur la table près d’elle se trouvait la burqa qu’elle devait porter dans certains coins du monde. Malgré le domaine dominé par les hommes, elle souligne qu’être femme lui a donné un certain avantage : « Dans certains pays, les hommes ne peuvent pas adresser la parole à une femme qu’ils ne connaissent pas ». Cela lui a permis d’entrer en contact avec des femmes qui abordaient volontiers les côtés les plus sombres de leur existence de femme, que ce soit la violence conjugale, les mariages malheureux ou les régimes oppressifs.
Elle partage dans son ouvrage les rouages du travail de journaliste international. Elle explique le rôle des fixeurs, ces guides culturels, souvent journalistes locaux, facilitant leur travail sur le terrain par leur connaissance des mœurs et coutumes ainsi que leur réseau de contacts. Elle a abordé aussi le rôle et les limites des journalistes désirant couvrir les zones de conflits ou les lieux de catastrophes naturelles et humanitaires.
Quête de vérité
Selon elle, le rôle du journaliste est de vérifier les faits. Elle reconnait qu’en cette ère de réseaux sociaux, d’intelligence artificielle générative, des trucages photos et vidéos, il est d’autant plus difficile aujourd’hui de déterminer le vrai du faux. « C’est pourquoi il faut aller sur le terrain pour constater soi-même les situations », a-t-elle déclaré. « Il ne suffit pas de rapporter qu’un tel dit qu’il pleut et que l’autre dit que non. Le rôle du journaliste est de regarder dehors et de déterminer : est-ce qu’il pleut ? »
En parcourant une vingtaine de photos marquantes dans sa carrière, celle où on la trouve au milieu des cadavres au Rwanda, devant une école, au milieu des années 1990 a choqué la foule. Toutefois, Mme Ouimet semblait en paix avec ces expériences qui ont façonné son parcours professionnel. « Après mes premiers voyages, on a déterminé avec un médecin que j’avais vécu un choc post-traumatique. Je ne voulais pas en parler avec mes patrons, parce qu’ils auraient sans doute voulu me protéger et ne m’auraient pas envoyé à nouveau, prétextant que je suis fragile ». Elle convient que les méthodes ont bien changé aujourd’hui et que la plupart des reporters ont accès à des soins psychologiques en revenant de terrains difficiles, comme ça a été le cas après le tremblement de terre en Haïti.
Aujourd’hui, elle constate chez les gens une certaine fatigue compassionnelle : « On veut seulement savoir qui sont les bons et qui sont les méchants, mais les conflits sont tellement complexes, il faut pouvoir aller sur place pour expliquer la réalité vécue par ces populations-là. »
Une liberté fragile
Si elle considère qu’elle a arrêté juste à temps, elle s’inquiète un peu que son entourage tienne la liberté pour acquise. « On est chanceux ici, on a un système de droit et nous pouvons critiquer nos gouvernements ouvertement. Ce n’est pas le cas partout, et ça peut basculer plus rapidement qu’on pourrait se l’imaginer. »
Puisqu’elle a passé la plus grande partie de sa carrière à La Presse, une spectatrice lui a demandé d’aborder sa relation avec Pierre Foglia. Elle se rappelait l’avoir vu juste avant la pandémie et nous a partagé le conseil qu’il lui avait donné au début de sa carrière : « prends le temps d’écrire ». C’était l’essence de son travail. Rendre, avec les mots, les récits des individus et les situations personnelles, sociales, politiques et humanitaires, pour transmettre et raconter, à l’autre bout du monde, ces autres facettes de l’humanité.

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