Le matin même, Jean-Denis Garon, le député du Bloc Québécois dans Mirabel et initiateur de cette nouvelle motion, n’était pas convaincu de l’appui des libéraux.
Une délégation de Mirabel a été invitée à Ottawa pour ce vote historique. Parmi eux, il y avait entre autres cinq membres du Centre de mémoire collective de l’expropriation de Mirabel, dont les co-fondatrices Françoise Drapeau-Monette et Denise Beaudoin, ainsi que trois membres du conseil d’administration : Martine Raymond, Christian Couvrette et Sylvain Éthier. Le président de l’UPA pour Sainte-Scholastique – Mirabel, Marcel Denis, ainsi que d’autres producteurs agricoles, étaient également présents.
Voici le texte de la motion : « Que la Chambre demande au gouvernement de présenter ses excuses aux expropriés de Mirabel, de reconnaître le traumatisme collectif que ces expropriations ont eu sur des milliers de Québécoises et Québécois qui ont dû abandonner leurs résidences, leurs communautés et leurs emplois, et qu’elle enjoigne ce gouvernement à ne plus répéter de telles expropriations sans consultation publique, acceptabilité sociale et dédommagement approprié. »
Entre joie et scepticisme
Françoise Drapeau-Monette cachait difficilement ses larmes : « C’est un cadeau. Je suis tellement heureuse. J’ai des larmes de joie. Mon cœur déborde tant je suis contente. Tu ne peux pas savoir. C’est une victoire que je [rêvais] d’avoir, mais que je n’espérais plus, avec les refus qu’on a eus dans le passé. »
Elle était encore sous le choc alors que cette demande a reçu plusieurs refus à travers les années : « Quand j’ai commencé à voir les votes des libéraux, je pensais que je n’étais pas à la bonne place, mais j’étais à la bonne place. Il était temps. J’ai commencé à 31 ans, je suis rendu à 88 ans et je suis encore là-dedans. C’est toute une vie. J’espère qu’ils vont retenir quelque chose pour ne plus répéter ça ».
Malgré le symbole que représente cette victoire, il arrive dans un contexte où la communauté est méfiante par rapport au projet de TGV dans la région. La fille de Jean-Paul Raymond, membre fondateur du CIAC, semblait peu impressionnée par ce dénouement : « Je n’avais pas d’attente comme telle. On voit bien que le contexte était bon pour que les libéraux acceptent. C’est stratégique un peu aujourd’hui. »
Marcel Denis accueille lui aussi la nouvelle avec un certain scepticisme : « Ça met un plaster sur le bobo, mais ça fait des années que c’est demandé. On sait qu’il y a un plan B aussi, on a vu neiger! »

Le Bloc est enchanté
Le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, présent à la Chambre des communes lors du vote, avait quelques mots pour Mirabel : « C’est une étape très importante que nous vivons aujourd’hui et j’en suis particulièrement touché et heureux pour les gens de Mirabel qui pourront enfin tourner la page sur un épisode douloureux de leur histoire. Ces gens-là méritent des excuses du gouvernement pour qu’ils puissent boucler la boucle. Notre position est très claire : nous sommes favorables à un projet de train à grande vitesse de Québec à Toronto. Mais on doit le faire dans le respect des droits des citoyens concernés et de la démocratie. »
Jean-Denis Garon se réjouit du résultat avec prudence : « La cicatrice est encore fraîche, et on a un devoir de mémoire envers les expropriés et ceux qui ne sont plus, mais dont les fils, filles, petits-fils et petites-filles sont encore ici. Il y a eu des batailles et des rétrocessions, mais il n’y avait pas encore eu d’excuses, et ce, malgré la demande unanime de l’Assemblée nationale en 2019, au 50e des expropriations. Mais il vaut mieux tard que jamais et ne pas s’excuser, c’était l’équivalent pour le gouvernement, de laisser une plaie ouverte. »
Le leadership laurentien
Les élus libéraux des Laurentides estiment avoir réussi à sensibiliser leur formation sur l’importance de cette réconciliation. Madeleine Chenette, députée dans Thérèse-de-Blainville, a réagi au lendemain de ce vote historique : « Il y avait beaucoup d’émotion et nous voyons que c’est une question humaine et historique qu’on vient de faire pour Mirabel et la région. L’équipe libérale de la région a eu une voix forte à la table. On a su bien faire valoir les préoccupations de Mirabel et de la région. Nous étions engagés et confiants. On arrive à faire de belles choses pour les Canadiens quand tous les partis travaillent ensemble. »
Enfin l’unanimité
Avant le vote, le député Gérard Deltell accueillait chaleureusement la délégation de Mirabel. Le 5 février à la Chambre des communes, il déclarait : « Mirabel restera à jamais attaché à l’une des grandes tragédies de notre histoire nationale. » Il rappelait par la suite les mots de Stephen Harper en 2004 lors d’une demande de rétrocession avant de procéder à celle-ci en 2011 lorsqu’il prenait le pouvoir : « Vous savez, tous les gouvernements peuvent se tromper de temps en temps. Le drame dans cette histoire, c’est que le gouvernement s’est trompé à répétition et sans espèce de considération pour les familles installées, et ce depuis des générations ». Quelques jours avant le vote, il appelait les membres du gouvernement à « agir correctement pour rappeler la mémoire [des expropriés] et surtout pour ne pas recommencer les mêmes erreurs. »

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