Réunis le 13 avril à Montréal et le 14 avril au centre YMX Innovation, acteurs publics, industriels et chercheurs ont participé à un atelier stratégique visant à définir une feuille de route québécoise en matière de MAA. L’initiative, coorganisée notamment par la Ville de Mirabel et Aéroports de Montréal, doit mener à un document structurant attendu dès juin.
Un écosystème qui se densifie rapidement
En parallèle de ces discussions, ADM a annoncé une série de partenariats qui confirment l’essor du campus YMX Innovation. Des géants comme Airbus, le Conseil national de recherches du Canada et plusieurs entreprises spécialisées dans les drones et l’intelligence artificielle y déploient déjà leurs activités.
Pour la mairesse Roxanne Therrien, cette concentration d’acteurs n’est pas un hasard : « Nous avons construit ici un écosystème complet, intégré et stratégique, qui facilite la collaboration et l’innovation. »
Sur le terrain, cette dynamique se traduit par des projets concrets : usine d’assemblage de drones, centre d’innovation sur les systèmes autonomes, ou encore développement de technologies liées à l’hydrogène pour une aviation plus durable.
Dès septembre, la cohorte de génie mécanique du Cégep de Saint-Jérôme occupera le centre d’innovation YMX, aux côtés d’autres instituts de recherche et d’industries souhaitant profiter de l’infrastructure et éventuellement de la deuxième piste actuellement en réfection.

Une « feuille de route » accélérée
Au cœur de l’atelier stratégique : une ambition claire, celle d’accélérer le développement d’un secteur encore émergent, mais prometteur.
« Le but, c’est de réunir l’industrie, les gouvernements et le milieu académique pour prioriser les usages et identifier ce qu’on doit mettre en place en premier », explique Mathieu Demers, coordonnateur du secteur aéronautique à Mirabel économique.
En deux jours, 13 ateliers thématiques ont permis d’aborder des enjeux allant de la réglementation à l’impact socioéconomique, en passant par l’intégration dans l’espace aérien. « On veut arriver rapidement avec une feuille de route et des priorités claires pour le Québec », précise-t-il.
Cette volonté d’aller vite tranche avec les processus plus traditionnels. Ici, l’objectif est de produire des orientations concrètes en quelques semaines, afin de guider les décisions gouvernementales et industrielles.
Des applications bien réelles
Derrière le concept de MAA se cachent des usages très concrets. Transport de matériel médical, livraison en régions isolées, surveillance des infrastructures ou encore interventions d’urgence : les drones et systèmes autonomes pourraient transformer plusieurs secteurs.
Au Service de sécurité incendie de Mirabel, l’intérêt est déjà palpable. « Les drones nous permettent d’avoir un visuel en temps réel, par exemple lors d’inondations ou pour analyser un bâtiment avec des caméras thermiques », explique le directeur Joël Laviolette. Pour l’instant, les caméras sont manipulées par les pompiers eux-mêmes sur place.
Ces outils offrent aussi une meilleure lecture du territoire, notamment dans des situations complexes où les données actuelles demeurent partielles. « Ça nous donne une vision plus précise que certaines balises fixes », ajoute-t-il, mentionnant que la balise mesurant le niveau de l’eau de la Rivière-du-Nord se trouve à Saint-Jérôme. Pourtant, d’autres rivières se trouvent en aval de celle-ci et peuvent avoir une influence sur le niveau de l’eau à Mirabel.
Le chef des technologies de l’information à Mirabel, Thierry Aubin, assistait également aux ateliers. « Aujourd’hui, si on a un problème sur notre réseau de fibre optique ou nos installations, quelqu’un doit prendre sa voiture pour aller inspecter. Les drones nous permettraient d’économiser du temps », explique-t-il, en se remémorant quelques situations des dernières années où la technologie aurait été utile.
Un défi : organiser le ciel à basse altitude
Si les technologies progressent rapidement, leur intégration pose un défi majeur : la gestion de l’espace aérien à basse altitude.
Contrairement à l’aviation traditionnelle, la MAA repose sur des déplacements hors des corridors classiques, souvent en milieu urbain ou régional. « On parle d’un espace qui n’est pas contrôlé actuellement. Il faut donc créer de nouvelles règles, de nouvelles infrastructures et des systèmes de gestion adaptés », souligne M. Demers.
Mirabel entend justement jouer un rôle clé dans cette transformation. Un projet de centre de contrôle des drones, appuyé par des infrastructures numériques et des réseaux privés, est en réflexion. À cela s’ajoute la possibilité d’utiliser les espaces et infrastructures existantes de l’aéroport pour tester ces nouvelles technologies.

Acceptabilité sociale et encadrement
Au-delà des enjeux techniques, la réussite de la MAA passera par son acceptabilité sociale. Bruit, vie privée, impacts environnementaux : autant de préoccupations soulevées lors des discussions.
« Ça prend des normes, du contrôle aérien, des garde-fous », insiste M. Laviolette, qui voit dans ces innovations un potentiel réel, mais encadré.
La question de l’humain demeure également centrale. Dans le cas du transport de médicaments, par exemple, plusieurs intervenants rappellent l’importance de maintenir un rôle pour les professionnels de la santé, malgré l’automatisation. Une préoccupation qui fait écho à celle soulevée par l’utilisation de l’intelligence artificielle lors d’un événement cet hiver au même endroit : il faut garder l’humain dans le système pour pouvoir évaluer les résultats et orienter cette automatisation.
Un positionnement stratégique
Avec ses infrastructures, ses espaces de test et la concentration d’acteurs industriels, Mirabel dispose d’atouts rares. La ville entend tirer profit de cette position pour devenir un chef de file non seulement au Québec, mais à l’échelle nord-américaine.
« On veut que, lorsqu’on parle de mobilité aérienne avancée, on pense à Mirabel », résume M. Demers.
Reste maintenant à transformer cette ambition en réalisations concrètes. La feuille de route attendue en juin devrait donner un premier aperçu des priorités retenues.
Une chose est certaine : dans le ciel de Mirabel, l’innovation ne fait que commencer.

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