De la conception du C Series à une commande record annoncée ce printemps, son histoire témoigne aussi de la transformation du pôle aéronautique mirabellois, désormais tourné vers les technologies et la décarbonation de l’aviation.
Le 15 juillet 2016, un appareil de SWISS reliait Zurich à Paris. Pour la première fois, l’avion que l’on connaissait alors sous le nom de C Series transportait des passagers dans le cadre d’un vol commercial.
Le pari était ambitieux. Bombardier avait choisi de partir d’une page blanche afin de développer à Mirabel un nouvel avion monocouloir. Une décennie après son entrée en service, l’appareil est exploité par 25 transporteurs sur cinq continents, a dépassé les 1 000 commandes fermes et transporté plus de 240 millions de passagers. Le 500e exemplaire a également été livré depuis Mirabel cette année.
Entre-temps, le C Series est devenu l’Airbus A220 en 2018. Malgré ce changement de bannière et l’ouverture d’une deuxième chaîne d’assemblage à Mobile, en Alabama, Mirabel est demeurée le berceau du programme.

Une commande record à Mirabel
Le printemps 2026 a fourni une nouvelle démonstration de la maturité atteinte par l’appareil. Le 6 mai, le transporteur malaisien AirAsia annonçait à l’usine de Mirabel une commande ferme de 150 A220-300, la plus importante commande unique de l’histoire du programme. Elle a fait franchir à l’A220 le cap des 1 000 commandes fermes.
Deux semaines plus tard, Airbus choisissait encore Mirabel pour annoncer la création de son premier Tech Hub canadien. Celui-ci doit rapprocher le constructeur des universités, centres de recherche, jeunes entreprises et partenaires industriels afin de travailler notamment sur les matériaux durables, l’intelligence artificielle, la robotique, les batteries, l’hydrogène et la validation de carburants d’aviation durables pour l’A220.
Mirabel n’est donc plus seulement un lieu où l’on assemble des avions. Le développement des technologies qui pourraient déterminer l’avenir du transport aérien s’ajoute progressivement à la vocation industrielle du site.

Du carburant pour l’aviation de demain
Cette évolution s’est encore manifestée cet été. Le 20 juillet, Airbus et Air Canada ont annoncé leur intention d’investir conjointement jusqu’à 13,7 M$ afin de soutenir le développement d’une industrie canadienne de carburant d’aviation durable, mieux connu sous l’acronyme SAF.
Les deux entreprises souhaitent notamment accélérer un projet canadien vers une décision finale d’investissement et estiment qu’un cadre gouvernemental favorable sera nécessaire pour permettre à la production de SAF d’atteindre une échelle commerciale. Air Canada souligne d’ailleurs que ces carburants complètent le renouvellement de sa flotte par des appareils plus efficaces, dont l’A220 construit au Canada.
À Mirabel, cette transition est déjà amorcée. Airbus travaille notamment à la validation du SAF pour l’A220 dans le cadre de son nouveau Tech Hub. Le constructeur souhaite que ses avions puissent éventuellement fonctionner avec jusqu’à 100 % de carburant durable.
Le député de Mirabel, Jean-Denis Garon, voit dans ces initiatives une nouvelle illustration du dynamisme de l’industrie québécoise. « Ça fait des années que le Canada est là-dedans. Nous, on a toujours appuyé ça », indique-t-il au sujet du SAF.
Il profite toutefois de ce développement pour rappeler une revendication portée depuis plusieurs années par le Bloc québécois. « On a été les premiers à demander une politique nationale de l’aérospatiale », souligne le député, qui estime que le gouvernement fédéral tarde encore à se doter d’une stratégie globale pour ce secteur.
Dix ans après le premier vol commercial du C Series, l’histoire de l’A220 permet ainsi de mesurer le chemin parcouru à Mirabel. Mais entre les commandes records, le Tech Hub et les recherches sur les carburants durables, elle donne aussi un aperçu de ce que pourrait devenir le pôle aéronautique mirabellois au cours de sa prochaine décennie.

MOTS-CLÉS
Mirabel
Jean-Denis Garon
Journal Infos Mirabel
Airbus A220