Benoît Charette le dit sans détour, il ne sera pas de la prochaine course à la chefferie de la CAQ; il suivra les débats, offrira peut-être son appui, mais restera fidèle à son rôle de ministre et de député, loin des calculs personnels.
Au-delà du changement de chef imminent, pour Benoît Charrette, c’est la fin d’un compagnonnage politique qui remonte bien avant la naissance de la CAQ. Quelques heures après l’annonce du premier ministre, le député de Deux-Montagnes accepte de revenir sur une relation fondatrice, presque filiale, qui a façonné son parcours.
Leur histoire commune ne commence pas en 2011. Elle débute plus tôt, à l’époque du Parti québécois, lorsque François Legault amène Benoît Charette en politique. Un choix déterminant. « Je n’ai pas suivi un parti, confie-t-il, j’ai suivi l’homme. » Une phrase simple, mais lourde de sens.
La CAQ viendra ensuite, comme la suite logique d’une vision partagée. Pour Benoît Charette, François Legault n’a jamais été interchangeable. Il est celui qui a pris le risque initial, celui qui a rompu avec les sentiers battus, celui qui a entraîné d’autres avec lui alors que le terrain était encore instable.
Fidèle à son style, le député de Deux-Montagnes y va d’une émotion contenue, mêlée de reconnaissance et d’admiration.
« Il faut reconnaître à quel point c’est un exploit ce qu’il a réussi à faire. Créer, en 2011, une toute nouvelle formation politique, une nouvelle option sur l’échiquier québécois, et réussir à prendre le pouvoir à peine sept ans plus tard, c’est du jamais vu dans l’histoire politique moderne du Québec. Il aura réussi l’impensable : mettre fin à l’alternance qui prévalait depuis des décennies. »
« Partir la tête haute »
Le plus important pour le ministre des Infrastructures, c’est de savoir que le premier ministre quitte serein, avec le sentiment du devoir accompli : « Triste de le voir partir, oui, mais de le voir partir serein, avec le sentiment du devoir accompli, après tout ce qu’il a eu à traverser, ça me réconforte beaucoup. Il peut partir la tête haute. » Dit-il, évoquant des années lourdes : la pandémie, la pression constante, l’usure inévitable du pouvoir.
Il insiste sur ce dernier tour de piste. Sur cette période transitoire où François Legault, libéré du poids des sondages, pourra peut-être renouer avec les Québécois autrement. Être entendu à nouveau. « Ce n’est pas parce qu’il a annoncé qu’il quittait aujourd’hui qu’il renonce à ses responsabilités. Au contraire, on va le voir très présent encore au cours des prochaines semaines et des prochains mois. C’est une belle façon de quitter. »
Mais au-delà de l’hommage, un détail frappe dans le discours de Charette : le contraste entre ce qu’il disait il y a quelques mois et ce qu’il dit aujourd’hui.
À l’automne, interrogé sur son avenir politique, sa réponse était sans équivoque. Il serait de retour. Le ton était ferme, assumé. La trajectoire semblait claire.
Aujourd’hui, le registre a changé. « Pour l’instant, rien ne change », dit-il. Il sait que le parti devra traverser une période de discussions, peut-être de redéfinition. Mais pour lui, l’essentiel demeure ancré dans le terrain. « Je continue mon travail comme ministre et comme député, et on verra la suite en temps et lieu. »
Le départ de François Legault marque la fin d’un cycle politique au Québec. Pour Benoît Charette, la CAQ n’a pas le choix, elle doit continuer d’incarner ce qui a fait sa force — une coalition capable d’affirmer le Québec sans le replonger dans le clivage PQ/PLQ.

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