Une communication qui, selon le maire d’Oka, Patrick Hardy, témoigne d’un rapprochement entre les deux communautés.
« C’est un paquet de petits détails comme ça qui fait en sorte qu’on se rapproche », se réjouit Patrick Hardy.
Élu en 2025, M. Hardy multiplie depuis les actions afin de rétablir les relations entre les deux communautés. Qu’il s’agisse de ses rencontres avec le conseil intérimaire, de son appui au financement de Kanesatake Perimeter Security ou du soutien de son conseil au retour du Winter Market au Parc national d’Oka, Patrick Hardy dit vouloir établir des ponts, renouer le dialogue et entretenir des relations solides avec l’ensemble de ses partenaires, dont ses voisins de Kanesatake.
« Il semble que le climat est beaucoup moins tendu en général. Donc, il n’y a pas d’hésitation de collaborer et de communiquer, ce qui semblait avoir un frein dans la communication pendant le passé », souligne l’élu.
Depuis la crise d’Oka de 1990, les relations entre les deux communautés sont demeurées compliquées, marquées notamment par une rupture de contact entre le grand chef Serge Simon et l’ex-maire Pascal Quevillon, dans le cadre d’un différend entourant un projet de rétrocession de terres boisées aux Mohawks, dont une partie de la Pinède d’Oka.
Patrick Hardy dit souhaiter que les autres paliers de gouvernement « constatent que le climat a changé à Oka » et que cela favorise l’avenir de la région.
De l’ouverture, oui, mais des doutes persistent
Même si cette main tendue a été bien accueillie, le maire ne croit pas obtenir aussi rapidement la confiance de Kanesatake. Il y a des doutes, évidemment, concède-t-il. « Je ne suis pas naïf. Notre histoire est complexe. Certains enjeux sont profonds et ne se régleront pas en quelques mois », soutient Patrick Hardy.
« Il y a des gens qui ont vécu la crise de 90, soit du côté d’Oka, soit du côté de Kanesatake. Je comprends qu’il y ait encore des traumatismes, des peines et des peurs de ce moment-là dans notre histoire, mais on est beaucoup plus qu’une région qui a vécu une crise en 1990. »
Il croit que la confiance entre les deux voisins ne se décrète pas, mais se construit « par les gestes qui sont posés à répétition à long terme ». « Et c’est ce que j’ai l’intention de faire », promet le maire, rappelant toutefois : « je suis le maire d’Oka, mais je ne suis que le maire d’Oka ». Il dit donc concentrer ses actions sur ce qui relève du local, c’est-à-dire « tout ce qui est économique, social et culturel ».
M. Hardy affirme par ailleurs avoir des discussions « régulièrement » avec les candidats et députés de la région, précisant avoir rencontré jusqu’ici des représentants des trois principaux partis, soit du Parti libéral du Québec, du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec.
« C’est important pour moi de ne pas faire d’ingérence auprès de Kanesatake. C’est sûr que j’offre mon support et je verbalise mes inquiétudes auprès des candidats, à savoir qu’il y a des citoyens de Kanesatake qui vivent dans la crainte et dans la peur », indique le maire.
Le crime organisé, un dossier qui inquiète
Le maire se dit inquiet de la présence du crime organisé sur le territoire. « Tout le monde le sait, ce n’est pas un secret », dit-il. Ces organisations criminelles sont distinctes du peuple mohawk, insiste le maire, précisant qu’un appui collectif devrait être offert aux citoyens de Kanesatake, « sans que ça devienne de l’ingérence ».
Le maire continue de défendre l’idée d’une police mixte à Kanesatake, qu’il juge être « la meilleure formule », tout en reconnaissant qu’il s’agit d’« une opinion avec un regard de l’externe ». Patrick Hardy rappelle que cette idée avait déjà été considérée par le ministre de la Sécurité publique et ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, mais que le dossier a été mis en suspens à l’approche des élections. « On verra ce que le prochain gouvernement fera dans ce dossier-là », ajoute-t-il.
Le maire dit prévoir se rendre à Ottawa pour rencontrer la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, afin de lui faire part de son intention de « bien collaborer » avec Kanesatake, ainsi que de ses inquiétudes concernant les activités illicites et criminelles sur le territoire.
La réconciliation par l’économie et la culture
Le maire admet ne pas avoir de définition arrêtée du mot « réconciliation », mais estime qu’elle peut se décliner sous des formes « économique, culturelle et sociale dans nos quartiers ». Selon lui, plus les deux communautés « continuent d’interagir » et « collaborent ensemble », plus il sera possible d’assurer la prospérité de la région « pour les générations futures ».
Il dit s’être rendu au pow-wow cette année, précisant qu’« ça doit faire longtemps qu’il y a un maire d’Oka qui n’est pas allé au pow-wow ». Il affirme y avoir reçu un accueil « chaleureux et respectueux ». « Et je pense qu’il faut afficher cette fierté-là », soutient-il.
Des gestes concrets de collaboration
Patrick Hardy se dit fier d’avoir soutenu la demande permettant le retour cette année du Winter Market de Kanesatake au Parc national d’Oka. Ce marché, selon lui, « représente beaucoup plus qu’une activité : il crée un lieu de rencontre, d’échange et de découverte entre nos communautés ».
Le maire annonce que Kanesatake participera aux activités de lancement de la chambre de commerce et mentionne également des activités de loisirs communes, notamment la Grande Marche Pierre-Lavoie. Une invitation a été lancée au Kanesatake Health Center, et une discussion devait avoir lieu afin de déterminer si l’événement pourrait être organisé conjointement par les deux communautés.
« […] De tendre la main, puis d’inviter et de penser à nos voisins, c’est la moindre des choses parce que je le ferais pour Saint-Placide et je le ferais pour Pointe-Calumet aussi. Je me dois de le faire pour Kanesatake », conclut Patrick Hardy.

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