En quelques jours, des agriculteurs ont pu interpeller directement le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, puis plus de 200 personnes se sont réunies à Sainte-Scholastique pour mieux comprendre les pouvoirs d’expropriation liés au projet.
La mairesse Roxanne Therrien affirme avoir insisté pour que la visite du ministre ne se limite pas à une rencontre protocolaire. Après deux refus, elle dit avoir obtenu la présence de six agriculteurs autour de la table. Parmi eux figuraient Christian Couvrette, président du Syndicat de l’UPA Sainte-Scholastique–Mirabel, et Christian Cardinal.
Les producteurs convoqués n’ont appris qu’environ 30 minutes avant la rencontre qu’ils allaient s’asseoir devant le ministre. Deux autres personnes auraient été refusées pour des raisons de sécurité après des menaces rapportées à son endroit.
Steven MacKinnon était accompagné des députés Tim Watchorn, Linda Lapointe et Madeleine Chenette. Peu d’information nouvelle serait toutefois ressortie de l’échange, sinon un message clair : le projet de TGV va de l’avant. Pour Therrien, l’objectif était surtout de permettre aux producteurs d’expliquer directement les conséquences possibles sur leurs entreprises, leurs investissements et leur relève.
Cette démarche survient alors que les relations entre la mairesse et le député bloquiste Jean-Denis Garon ont été particulièrement tendues sur les réseaux sociaux. Therrien défend une stratégie consistant à maintenir les canaux ouverts avec Ottawa, même si elle répète s’opposer au projet. Garon multiplie de son côté les interventions contre Alto.
Tous deux affirment agir dans l’intérêt des Mirabellois, chacun avec sa stratégie.

Trois heures pour parler d’expropriation
Deux jours plus tôt, le 8 septembre, Jean-Denis Garon était invité à Sainte-Scholastique afin d’expliquer les dispositions de la loi C-15 qui modifient le cadre fédéral d’expropriation pour le projet. Plus de 200 personnes ont participé à cette rencontre de près de trois heures, en présence notamment de candidats du Parti québécois et de Québec solidaire.
La loi permet notamment à Alto de demander une expropriation sans devoir démontrer au préalable l’échec d’une tentative d’achat de gré à gré. Elle permet également certaines démarches d’acquisition avant que soit rendue la décision finale du processus d’évaluation d’impact. Ottawa affirme néanmoins vouloir privilégier les ententes négociées et utiliser l’expropriation en dernier recours.
Pour Jean-Denis Garon, il est encore trop tôt pour envisager des recours judiciaires. Plusieurs questions du public ont plutôt porté sur les moyens de se préparer, les dépenses juridiques et professionnelles à prévoir et la possibilité de former une coalition citoyenne.
L’UPA a également été interpellée sur la possibilité d’utiliser un fonds d’urgence afin d’aider des producteurs qui pourraient devoir engager des dépenses importantes pour défendre leurs intérêts.
L’évaluateur agréé Jean-Christophe Bigras a pour sa part invité les propriétaires à la prudence. Selon lui, peu d’évaluateurs possèdent une réelle expertise des terres agricoles et plusieurs pourraient être approchés par Alto. Une fois mandatés par la société, ceux-ci pourraient ne plus être en mesure de représenter des propriétaires en raison d’un conflit d’intérêts.
Son principal conseil : ne pas se précipiter dans une entente de gré à gré et s’entourer de professionnels avant d’accepter ou d’encaisser une somme liée à une éventuelle procédure d’expropriation.
La dimension humaine du dossier a aussi été rappelée par Magali Noiseux-Laurin, d’Écoute agricole. Elle a réitéré l’importance de signaler une situation de détresse psychologique, la sienne ou celle d’un proche. Ces signalements peuvent demeurer anonymes. Selon elle, l’incertitude peut peser lourdement sur les producteurs et leurs familles.

La mobilisation se poursuit
Le rassemblement de Sainte-Scholastique ne devrait pas être le dernier. Une manifestation contre Alto est organisée le 19 septembre à Rigaud. Un producteur présent à la réunion a invité les agriculteurs mirabellois à s’y déplacer en tracteur, avec l’objectif de réunir une parade de 60 véhicules : 20 de Mirabel, 20 de la Rive-Sud et 20 de l’Ontario.
Une autre conférence est prévue le 24 septembre en soirée au Centre culturel du Domaine-Vert Nord. Deux professeurs universitaires doivent y présenter leurs propres calculs sur le projet Alto et ses répercussions possibles, tant sur le territoire mirabellois que sur les finances publiques.
Pendant ce temps, le corridor continue de se préciser. Alto étudie actuellement une bande d’environ 10 kilomètres qui doit être réduite à environ un kilomètre cet automne. Une deuxième ronde de consultations doit ensuite permettre à la population de commenter cette version affinée avant le choix définitif de l’emprise ferroviaire.
La Ville pousse depuis plusieurs mois une option utilisant davantage les emprises et terrains déjà publics, notamment dans l’axe prévu pour le prolongement de l’autoroute 13, vers le site aéroportuaire, avant de bifurquer au nord de Saint-Augustin. Alto affirme vouloir utiliser autant que possible les corridors existants et les terres publiques. Selon Roxanne Therrien, la proposition mirabelloise est maintenant étudiée très sérieusement.
Pour les agriculteurs, le tracé demeure donc inconnu. Mais à mesure que le corridor se resserre, les questions, elles, deviennent de plus en plus concrètes : qui sera touché, combien vaudront les terres et quels moyens auront les propriétaires pour défendre ce qui, dans plusieurs cas, constitue le travail de plusieurs générations?

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