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Affaire Gilbert Rozon – Danie Frenette et les courageuses enfin entendues

Photo Annie Éthier –

Danie Frenette, des Courageuses, réagit au jugement dans l’affaire Gilbert Rozon, qu’elle considère comme un point de bascule après neuf ans de combat.

Affaire Gilbert Rozon – Danie Frenette et les courageuses enfin entendues

Publié le 16/04/2026

Pendant neuf ans, elles ont tenu. Neuf ans à porter une histoire, à la répéter, à la défendre, souvent à contre-courant. Pour Danie Frenette, propriétaire de l’école de théâtre du Vieux Saint-Eustache, le jugement rendu dans le dossier impliquant Gilbert Rozon ne vient pas effacer ce qui a été vécu, mais il marque un point de bascule.

« On était vraiment très contentes des mots que la juge a employés », dit-elle. Des mots clairs, sans détour, qui ont enfin mis des termes sur ce qu’elles dénoncent depuis près d’une décennie. « Vous êtes un menteur », a notamment retenu le tribunal, un passage qui a profondément marqué Mme Frenette.

Les événements remontent à la fin des années 1980. À l’époque, explique-t-elle, la relation d’autorité pesait lourd. Rozon était son employeur, une figure dominante dans le milieu. « Cet homme avait le pouvoir, la gloire, la richesse. Jamais je n’aurais été crue. » Dans ce contexte, dénoncer n’était pas une option. Elle a fait comme plusieurs : continuer, travailler, faire comme si rien ne s’était passé.

Le processus judiciaire, lui, a ravivé des blessures longtemps enfouies. Au fil des témoignages, elle découvre même que sa propre belle-fille, Salomé Corbo, avait-elle aussi été victime — un choc qu’elle n’avait jamais vu venir. La tension a parfois débordé jusque dans les corridors du palais de justice, notamment lors d’une altercation impliquant son conjoint, Stefano Corbo. « On a vécu ça comme une tempête », résume-t-elle.

Se protéger malgré tout

Pour tenir, il a fallu trouver des moyens. Se protéger. S’éloigner, parfois, de ce qui se disait en salle d’audience. « À un moment donné, je ne voulais pas entendre ce qu’il disait. Je suis allée m’acheter une robe pendant que ça se passait », raconte-t-elle. Une façon, à sa manière, de garder le contrôle sur ce qui pouvait encore l’être.

Malgré tout, abandonner n’a jamais été envisagé. « En aucun temps. » Elle insiste sur la force du groupe des Courageuses. « Si on avait été seules, ça n’aurait jamais été possible. On avait la force du nombre. On s’est tenues. On s’est portées. »

Des moyens illimités

Elle dénonce aussi un rapport de force inégal tout au long du processus. Selon elle, la stratégie de Rozon visait à fragmenter le groupe, à multiplier les procédures et à tirer profit de moyens financiers largement supérieurs. « On n’est pas à armes égales. De son côté, les ressources sont illimitées. Nous, même les indemnités ne couvrent pas les frais. »

Le jugement représente malgré tout une avancée. Une reconnaissance. « Ça libère. Et ça fait du bien de se rendre compte qu’on n’est pas seule. » Mais elle insiste : leur combat n’est qu’une partie de la réalité. « On est la pointe de l’iceberg. »

Si elle accepte de témoigner aujourd’hui, c’est pour celles qui hésitent encore. Pour rappeler que la dénonciation reste difficile, mais nécessaire. « Ce n’est pas tous les hommes qui sont des agresseurs. J’ai été entourée d’hommes bienveillants toute ma vie. Mais ceux qui le sont doivent être arrêtés. »

Et pour elle, le message est clair : il ne s’agit plus seulement de reconnaître, mais d’agir : « Il faut que ça cesse! »

Au Québec, pour dénoncer ou obtenir de l’aide en cas de violence sexuelle, contactez Info-aide violence sexuelle au 1-888-933-9007 (disponible 24/7, confidentiel). Pour une urgence immédiate, composez le 911.